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Contribution : Le début de la fin du groupe Ennahar.

dans A la Une/Actualité/Contributions

Par Meziane Abane 

«Hamid Grine n’était pas seulement le ministre d’un pouvoir autoritaire, corrompu et despotique mais l’incarnation du mal».

Le pouvoir semble avoir choisi la voix de l’apaisement avec la presse. Cette décision motivée par des raisons conjoncturelles intervient en deux étapes. La première est celle du changement gouvernemental où trois personnages clés ont été exclus de la « dream team » de Tebboune. Il s’agit du trio Sellal, Bouchouareb et Grine. Ces derniers n’ont fait sans doute qu’appliquer les consignes dictées par le pouvoir mais en ont fait trop pour des raisons personnelles. Le premier, celui que j’appelle la force douce, a agi certainement en représailles aux révélations sur sa fille. Le deuxième, Bouchouareb, reproche sans doute à la presse les scandales révélés sur ses biens à l’étranger, ses relations compromettantes avec la France et le dossier Panama Papers. Mais le dernier en est juste le mal dans toute sa splendeur.

La presse, publique, privée pro ou contre le pouvoir en place, gardera pour longtemps, l’image d’un personnage mauvais qui a mis toutes ses forces afin de déconstruire tout ce qui a été bâti depuis l’ouverture du champ médiatique. Hamid Grine n’était pas seulement le ministre d’un pouvoir autoritaire, corrompu et despotique mais l’incarnation du mal. Ses sorties médiatiques, sa moralité sur la déontologie journalistique, lui qui s’est autoproclamé comme donneur de leçons et qui prend l’Entv et la presse publique acquise pour exemple, a agit en un Satan. Ces trois personnes ne sont plus au pouvoir. Cette décision ne peut être fortuite. Elle est le choix d’une nouvelle orientation dans un contexte national, régional et international délicat.

 

«En réalité, le groupe Ennahar n’est pas un organe de presse mais un instrument du pouvoir et c’est là où réside le danger».

Qui dit 4é mandat dit aussi EnnaharTv. Et c’est là où intervient la deuxième étape. Comme une véritable machine de guerre, dépourvue de toute déontologie et d’éthique journalistique, Anis Rahmani, produit made in El Mouradia, agit en maître seul sans que personne n’ose lui demander des comptes. Ce dernier, qui a eu la carte blanche du pouvoir, travaille en étroite relation avec les services de sécurité qui lui fournissent les informations et les documents avant même que la justice, les renseignements généraux et toutes les institutions étatiques établissent de leur propre rapport. Il ne se gêne guère de dire qu’il a une partie du pouvoir avec lui. Et c’est ainsi qu’il s’est construit une réputation. Sa chaîne est celle de Bouteflika.  Pour l’opinion publique, comme pour son effectif, Ennahar est la propriété de Saïd Bouteflika, ce qui n’est pas tout à fait faux. En réalité, le groupe Ennnahar n’est pas un organe de presse mais un instrument du pouvoir et c’est là où réside le danger. Moi qui suis l’actualité des militants et activistes sur le territoire national, des mouvements sociaux et de toutes les affaires liées aux droits de l’homme, je peux vous assurer qu’Ennahar est plus dangereux que le pouvoir lui-même. Faiseur d’opinion, il a pu bâtir la génération Ennahar. Ses armes sont l’abrutissement et la clochardisation du peuple, la désinformation et le dénigrement des opposants au pouvoir. Pour ne prendre que certains exemples, je peux vous citer ici le cas du jeune bloggeur Sétifien, Merzouk Touati.

Dans le travail que nous faisons, il nous est formellement interdit de révéler le contenu d’un dossier en instruction. Une règle qui s’applique aussi sur les avocats et ce, même si nous possédions ledit dossier entre les mains. Nous sommes donc appelés à respecter le secret d’instruction et reconnaître la présomption d’innocence du prévenu. Or que, Ennahar ne s’est pas contenté seulement de révéler le contenu du dossier d’instruction du jeune blogueur, ce qui est interdit par la loi, mais elle a aussi dénigré la personne de l’activiste Merzouk Toutai qu’elle a qualifié d’agent du «Mossad travaillant contre les intérêts de son pays». Tout ça sans que la justice ne bouge le petit doigt sur ces pratiques insidieuses. De quoi se suicider. Idem pour le chrétien Slimane Bouhafs, qui a été condamné pour des propos tenus sur facebook, à trois ans de prison ferme. Ennahar a fait de lui «un mercenaire».

 

«Que sera Ennahar sans l’appui de Saïd Bouteflika ? Rien, nada, walou, ulac !»

L’on se rappelle tous des soi-disant enquêtes réalisées par cette chaîne sur les cités universitaires des filles. Les conséquences étaient désastreuses. Tout le monde se rappelle des appels au lynchage lancés par cette chaîne et celle de Numidia News contre les membres du mouvement Barakat dont je suis l’un des fondateurs. Pire, Ennahar s’est attaqué mêmes aux institutions étatiques en qualifiant les policiers qui ont investi la rue en 2014 de mains étrangères. J’ai été, moi-même, victime de cette chaîne. Alors que j’étais, le jour de la dernière élection présidentielle, en mission pour le compte d’EL Watan à Khenchela, en compagnie de notre correspondant de Batna, d’un ressortissant français photographe et stagiaire dans notre journal et d’un journaliste local, nous avons été agressés en plein centre-ville et devant la police par les baltaguis de Bouteflika. Ces derniers ont agit avec la complicité du commissariat centrale et de la wilaya de Khenchela. Nous avons été pourchassés et on a failli laisser nos vies. Ce que nous avons vécu était digne d’un film hollywoodien. Agissant dans le cadre de sa mission afin de justifier l’injustifiable, Ennahar et sans aucun scrupule annonce dans sa chaîne que «nous étions pourchassés par des citoyens braves et patriotiques car nous étions entrain de distribuer de l’argent aux gens afin de foutre « la merde » dans cette wilaya». Les  exemples sont nombreux…. 

Agissant depuis des années en toute impunité, en un véritable mercenaire, sans cœur et âme et sans aucune déontologie et éthique, la mission d’Anis Rahmani semble parvenue à sa fin. La présence de Saïd Bouteflika lors du rassemblement de soutien à Boudjedra afin de dénoncer les dérives d’EnnaharTv en est la preuve. Ce dernier semble vouloir se démarquer de cette chaîne dont l’image est collée à la sienne. La présence des médias publics lors de ce sit-in en est une autre preuve.

Saïd Bouteflika pouvait bien apporter son soutien par l’intermédiaire d’une tierce personne ou en appelant Boudjedra tout simplement, mais il ne l’a pas fait. Il a tenu à le rendre public. Anis Rahmani, pris de panique, a d’abord commencé par arrêter la diffusion de sa « camera cachée », de s’excuser auprès de Boudjedra et auprès du mouvement Barakat. Mais cela ne suffit pas. Anis est conscient du message que voulait lui transmettre Saïd Bouteflika. Le geste du frère du président est une démarcation conséquente pour le groupe Ennahar et son PDG. C’est un message d’adieu. Adieu au soutien avec lequel il faisait peur aux autres. Adieu à l’appui des services de sécurité et des institutions qui lui fournissaient les infos. Je ne pense pas que l’objectif était d’arrêter la chaîne mais de la normaliser et de lui permettre de ne compter que sur ses propres moyens. Que sera Ennahar sans l’appui de Saïd Bouteflika ? Rien, nada, walou, ulac ! Mais pire, Anis Rahmani n’a pas recruté de vrais journalistes et il n’a pas investi dans les ressources humaines afin de pouvoir se relever seul, sans l’appui du pouvoir. Il a, pour ne pas généraliser et toucher à la sensibilité de ses travailleurs qui sont malgré tout mes confrères et consœurs, choisi des jeunes malléables, des coquètes vides, pour les orienter comme il le veut. Anis Rahamani et son groupe sont voués à l’échec. Leur disparition n’est qu’une question de temps. Le geste de Saïd Bouteflika n’est que le début de la fin de ce groupe qui a fait tant de mal à tout le peuple algérien.

M. A.

3 Commentaires

  1. Merci Mr Abbanw pour cette précieuse analyse
    Pourriez vous nous éclairer aussi sur les intentions Non exprimées de cette intrusion inopinée de Said Bouteflika
    Veut -il nous dire que ce sont eux les méchants et Lui est gentil?
    Bichichette

  2. votre analyse est juste je n’ai rien a rajouté. je souhaiterai que cette chaine disparaisse des foyers d’algériens car elle véhicule du poison.quand a la présence du frere du président au sit in c’est un geste fort pour se démarquer de l’ignominie.

  3. Tout ce qu on peut conclure c est l amère vérité qui consiste a dire que l algerie est malade,en proie a une crise sans précédent et qu il faudrait demander au pouvoir incompétent, abîmé, pervers, et impur de partir et que le peuple algérien en a assez.Nous voulons un changement pour bâtir une société moderne et démocratique loin de l idéologie de l arbitraire et du despotisme du FLN et de certains partis religieux.

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