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Il sort demain en France : le film « L’Algérie du possible », de Viviane Candas.

dans Actualité/Culture

Yves Mathieu est né à Annaba (ancienne Bône, à l’est de l’Algérie) en 1924. Lorsque la guerre d’Algérie éclate, il a 30 ans, il est avocat au barreau de Paris, et militant communiste. Contrairement à la ligne de son parti, il soutient sans réserve la lutte armée du Front de libération nationale (FLN), organisation dont il devient membre en 1957. Il intègre alors le groupe des avocats français qui défendent les combattants algériens, accusés de « terrorisme » par la justice française, qui les condamne très souvent à la peine dé mort. En 1962, il retourne dans son pays, l’Algérie. Parmi les nouveaux ministres figurent d’anciens clients dont il a sauvé la tête. Yves Mathieu devient l’un des conseillers d’Ahmed Ben Bella, qui le charge, avec d’autres, de la mise en place des domaines agricoles autogérés. Il rédige, avec ses confrères Maurice Courrégé et Mohamed Bedjaoui, deux décrets très importants, celui du 18 mars 1963 « portant réglementation des biens vacants », et celui du 22 mars « portant organisation et gestion des entreprises industrielles, minières et artisanales, ainsi que des exploitations agricoles vacantes ».

Au-delà de la vie d’Yves Mathieu, toute passionnante soit-elle, Algérie du possible permet d’approcher une des plus belles utopies portées par Ben Bella et ses conseillers : les domaines agricoles autogérés. À l’été 1962, les nouvelles autorités se retrouvent devant un problème aussi immense qu’inédit : sur les 2,7 millions d’hectares de terres agricoles très D’épuisantes appartenant à des Français, la moitié a été abandonnée par leur propriétaire, au moment même où la récolte doit être effectuée. Dans le même temps, des millions de paysans algériens déplacés par la guerre sont menacés de famine. Par pragmatisme autant que par idéologie (le programme du FLN avait depuis longtemps prévu que « la terre revient à celui qui la travaille »), Ben Bella décide que ces terres abandonnées doivent être mises à la disposition des fellahs (paysans). Non pas en les parcellisant à l’infini et en les distribuant à chaque famille nécessiteuse qui en deviendrait propriétaire, mais en conservant les domaines dans leur taille initiale (120 hectares de moyenne), en transférant leur propriété à l’État, et en inventant une forme inédite d’autogestion. Les domaines autogérés fonctionnent avec une direction bicéphale : d’un côté, un comité de gestion, organe élu par l’ensemble des ouvriers agricoles, et dirigé par un président lui-même élu. De l’autre côté, un technicien, fonctionnaire de l’administration, appelé chargé de gestion, dans un rôle de conseiller des paysans.

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