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L’entretien/ Lounis Aït Menguellet : « Je n’ai pas pensé à la postérité »

dans A la Une/Actualité/Culture

Par : Toufik AMNAY

La Voix d’Algérie : On pourrait commencer par faire remarquer que 50 années de carrière, peu d’artistes peuvent s’en vanter. Quel est votre secret ?

Lounis Aït Menguellet : Il n’y a aucun secret et encore moins une programmation. J’ai toujours chanté en ayant à l’esprit que ma vie artistique pourrait prendre fin du jour au lendemain. Il faut croire que vivre son métier au jour le jour peut vous mener assez loin dans le temps. 50 ans, par exemple… ou plus.

Arrivé à 50 années d’une carrière florissante, ne vous êtes-vous jamais senti découragé ? Quel est le moteur qui vous a fait avancer inlassablement ?

Vous savez, les découragements, les déceptions vont et viennent au gré des jours et des événements et alimentent notre propension à apprendre et, l’expérience venant, nous apprenons à surmonter les difficultés, je dirai, plus par habitude. Quant au moteur, ou du moins d’un des moteurs qui me fait avancer est certainement l’enthousiasme de tous ceux qui apprécient mon travail.

Les temps changent, évoluent. Vous avez tour à tour chanté l’amour, la société,  la politique. Aujourd’hui, plusieurs de vos poèmes sont empreints de philosophie, au sens littéral du terme. Comment s’est opéré ces changements et cette évolution dans vos thèmes ?

Évolution est le terme qui convient le mieux. Les thèmes ne changent que rarement. Si on prend l’exemple des chansons d’amour, il me parait évident que l’âge compte pour beaucoup. On ne voit pas de la même façon « l’amour » à 20 ans qu’à 50 ou 60 ans. Du coup ça donne des chansons différentes tout en restant dans la thématique de l’amour.

 

Quels sont, de façon sommaire, les thèmes que vous avez traités dans ce nouvel album ?

C’est un album que j’espère assez éclectique. Il comporte une chanson qui est plus ou moins autobiographique et dont l’album même porte le titre : « Tudert-nni», ensuite j’ai tenu à rendre un hommage plus que mérité à tous ceux qui m’ont suivi tout au long de cette aventure, en espérant d’autres joies à venir. J’ai intitulé cette chanson « I waggad-iw » (aux miens), car, au fil du temps, j’ai fini par les considérer comme ma famille. Un autre titre, « Tajmilt i tayri », rend hommage à l’amour qui a été le premier déclencheur de mon parcours artistique et qui continue sous diverses formes à m’accompagner et m’accompagnera j’espère, toute ma vie. Une autre chanson se veut un clin d’œil à la jeunesse, y compris la mienne que, désormais, je ne regarde que de très loin, avec une pointe de nostalgie certainement.

« Taqsit nniden » traite d’une désillusion après une grande illusion. « Zer kan » parle de la désinvolture à la limite du mépris, avec laquelle nous traitons la nature à travers les quatre éléments. Et d’autres sujets encore qui sont proposés dans cet album de 7 titres.

 

« L’amour » est un sujet que vous avez délaissé durant plus de deux décennies, mais vous l’avez revisité dans ce nouvel album, et dans le précédent. Est-ce un retour à la source de ce qui vous a amené à chanter ? Une sorte de pèlerinage vers le passé ? Ou bien est-ce un sujet qui vous interpelle encore aujourd’hui ?

Je suppose que c’est un peu de tout cela. C’est aussi, je crois, une façon de ne rien renier de mon passé parsemé de chansons d’amour, car, on a tendance à regretter, l’âge venant, d’avoir cédé aux sirènes de l’amour. Pour ma part, tel Ulysse, je me suis fait attacher au mât du navire de ma vie tout en appréciant le chant des sirènes.

 

Depuis quelques années, vous vous livrez un peu plus dans vos chansons. Est-ce réfléchi, un besoin ? Une nouvelle source d’inspiration ?

A ma grande honte, je dois avouer qu’il n’y a eu aucune préméditation. On m’a fait cette remarque ces derniers temps et j’en étais le premier étonné. Peut-être qu’instinctivement ou plutôt, inconsciemment, j’ai éprouvé le besoin de me livrer et que quelques bribes de ma vie se sont insinuées dans certaines chansons récentes. Mais ce n’était vraiment pas dans l’intention de me raconter, exception faite de la chanson « Tudert nni » dans ce dernier album.

 

Quel est pour vous le vrai sens premier de passer à la postérité ? Est-ce d’avoir légué un trésor de chansons aux générations futures, ou d’inspirer et de transmettre à une nouvelle génération d’artiste quelque chose de votre fibre artistique ?

Je ne sais pas, sincèrement. La fibre artistique est-elle transmissible? Il faut l’espérer. Je n’ai pas pensé à la postérité. Maintenant que vous me posez la question, ma réponse est : J’espère avoir été utile à quelque chose durant ma vie.

Entretien réalisé par :

Toufik AMNAY

 

 

 

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