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L’Etat algérien veut-il tuer ses entrepreneurs nationaux ?

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L’austérité financière adoptée par l’Algérie, même si elle ne l’avoue pas ouvertement, ne tardera pas à mettre des centaines d’entreprises dans de sérieuses difficultés qui les mèneront inéluctablement vers la faillite.

Les entreprises de BTPH sont les plus touchées. Y compris celles dites de grande ou moyenne tailles. La majorité d’entre-elles ont déjà amorcé le plan de restriction des dépenses, alors que certaines parmi elles envisagent des plans sociaux.

Des projets sont complètement ou partiellement à l’arrêt, à l’image de cet entrepreneur d’une grande entreprise de réalisation en bâtiment et travaux routiers et hydraulique qui a envoyé, depuis presque un mois déjà, les deux tiers de ses ouvriers en congé forcé, faute de liquidités pour honorer les charges inhérentes aux frais de fonctionnement et frais divers.

« J’ai mis deux tiers de mes ouvriers en congé forcé, car notre trésorerie disponible ne peut plus couvrir les charges diverses, comme le gas-oil, la pièce de rechange, certaines matières premières et intrants nécessaires pour faire avancer nos projets », nous a déclaré cet entrepreneur préférant garder l’anonymat.

Son plan, il l’explique par le souci d’économiser sur les charges et intrants pour « pouvoir assurer les salaires », dit-il. « Les charges diverses quotidiennes dépassent les 2 millions de dinars, de quoi garantir le salaire mensuel de plusieurs ouvriers. Je ne veux pas pénaliser les travailleurs et leurs familles, mais si ça continue à ce rythme, je crains de procéder à la compression d’effectif », s’inquiète cet entrepreneur.

Le drame dans cette logique économique délétère, est qu’elle vise surtout les rares entreprises de haute catégorie, catégorie 5 et plus, qui ont investi des millions de dinars dans l’équipement pour pouvoir accompagner l’Etat dans ses projets structurants.

C’est ce qui a mis en colère un autre entrepreneur, classé dans cette haute catégorie, qui se sente trahis par les responsables de son pays : « J’étais sollicité pour soumissionner pour un grand projet routier, j’ai dû constituer un groupe avec d’autres grandes entreprises locales que j’ai jugé sérieuses, et nous avons acquis des équipements nécessaires à la réalisation de tels projets à un coup qui avoisine les 400 milliards de centimes. Au final, le ministère a porté son dévolu sur une entreprise turque qui aujourd’hui traine ses pates dans la boue de ce projet », regrette encore cet entrepreneur.

Quant aux soucis des paiements, les deux entrepreneurs affirment que les pouvoirs publiques leurs détiennent des situations non payées qui se chiffrent à des milliards de dinars pour des projets déjà achevés et livrés. « Qu’ils nous paient déjà ce que nous avons réalisé et livrés », réclament-ils.

Officiellement, l’argent des projets achevés et livrés sont sortis des caisses de l’Etat. Sauf que celui-ci semble user d’un subterfuge bureaucratique afin de retarder l’encaissement de cet argent par les entrepreneurs, en dressant à leur face des procédures administratives dissuasives.

«On nous dit que notre argent est transféré vers le Trésor de wilaya, mais celui-ci ne lâche aucun centime sans vous faire courir dans tous les sens », diront les deux interlocuteurs.  Pour ces derniers, rien que pour avoir le visa du contrôleur financier qu’ils nous imposent depuis peu seulement, il lui faut rendre visite plusieurs fois pour des « pièces manquantes ».

« Ce n’est qu’un subterfuge pour ne pas nous payer, car l’argent manque réellement, on ne veut pas nous payer, alors ils dressent devant nous des procédures et pratiques bureaucratiques censées être disparus depuis plusieurs années déjà. »

Les entrepreneurs nationaux ayant déjà défié les hordes terroristes qui venaient à bout de l’économie nationale et de ses acteurs durant la décennie noire, ne finissent pas de subir « le terrorisme ».

Après avoir été écartés, sans honte bue, des grands projets structurants durant les années de l’aisance financières induite par le prix fort du pétrole, à la faveur des entreprises étrangères, Sud-coréennes, Chinoises, japonaises, Italiennes entre autres, les entrepreneurs nationaux doivent désormais lécher l’os pour espérer recouvrer leurs dû auprès de l’Etat qui ne leur a pourtant offert, que les restes de la bête.

 

Fayçal GNAOUI

 

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