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La planche à billets suffira-t-elle à Tebboune pour accroître le PIB ?

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La marge de manœuvre des députés s’annonce très réduite lors de la présentation du plan d’action du gouvernement Tebboune, puisqu’ils n’auront que deux jours pour le débattre et exprimer leur vote dessus.

Certes, le Premier ministre n’ira pas chercher les débats contradictoires de son plan d’action chez la majorité parlementaire fusionnée par le FLN et le RND, qui lui sont dors et déjà acquis, comme il ne risque pas, non plus, d’être trop secoué par la minorité opposante faute de temps.

Le plan passera donc comme une lettre à la poste. Et faute de débats et d’objections, son exécution sera assurément mise à rudes épreuves par des facteurs objectifs, notamment en ce qui concerne le volet économique pour lequel le gouvernement table sur une croissance progressive du PIB et le doublement de la valeur ajoutée de l’industrie manufacturière.

La croissance du PIB (Produit intérieur brut)  hors hydrocarbures de 6,5%, par an sur la période de 2020-2030, si elle s’avère réalisable au vu des 3,5% à 5% enregistré ces deux dernières années, l’austérité qui touche les secteurs névralgiques, BTPH et l’Agriculture notamment, contribuant d’une façon ferme au maintient de ces chiffres, risque de produire l’effet inverse. Idem pour le doublement de la part de l’industrie manufacturière, en termes de valeur ajoutée pour atteindre 10% du PIB qui, pour que les PME/PMI algériennes puissent en arriver là, doivent être mises dans un climat d’investissement serein et stable.

« Pour élever le PIB, il est impératif de posséder les facteurs tirants la croissance économique vers le haut. Ces facteurs tournent pratiquement tous autour d’un secteur productif solide. Or, la régression des dépenses publiques ne peuvent plus tirer la croissance vers le haut compte tenu des contraintes budgétaires auxquelles l’Etat algérien fait face », selon l’économiste, le Pr. Brahim Guendouzi.

Belkacem Boukherouf, économiste de l’université de Tizi-Ouzou pense, quand à lui, que le pays recèle des atouts non négligeables permettant au gouvernement d’atteindre son objectif des 6,5% du PIB hors hydrocarbures.

Bien qu’il ne nié pas la difficulté budgétaire de l’Etat, M. Boukhrouf préconise la mise en pratique du partenariat privé-publique (PPP) pour booster les entreprises publiques et faire profiter au privé l’outil productif national. « C’est agir dans un esprit gagnant-gagnant notamment en cette période de disette financière ».

Les investisseurs très peu rassurés par le climat des affaires

Quid des secteurs dont la contribution à l’élévation du PIB ? Les deux économistes ne cachent pas leur scepticisme rien en évoquant la situation des secteurs du bâtiment et secteurs connexes qui, selon eux, jouent un rôle déterminant dans la croissance économique.

Les difficultés financières auxquelles sont mises les entreprises du bâtiment, poussant bon nombre d’entre-elles à la quasi-faillite et donc, à renoncer à investir, s’avère être un facteur bloquant toute mesure de tirer la croissance vers le haut. D’aucuns d’ailleurs tablent sur la contraction de la part de ce secteur dans le taux du PIB pour l’année en cours et même au-delà.   « Le fait de ne pas payer les entreprises du BTPH est un frein à la croissance de ce secteur qui tire plusieurs autres secteur dans la direction qu’il prend, c’est-à-dire, s’il est bien portant, d’autres secteurs le seront, s’il est mis à mal, la réaction des autres secteurs est tout à fait automatiques, à l’instar des manufactures de matériaux de construction », nous explique l’économiste, le Pr Brahim Guendouzi.

Ce dernier ne cache pas sa crainte que cet étouffement financier qui touche ce secteur névralgique et stratégique pour la croissance économique du pays, ainsi que les blocages que subit l’investissement du groupe Cevital, notamment au port de Bejaïa, ne soient un mauvais exemple à donner aux potentiels investisseurs.

« Pour tirer le PIB vers le haut, l’Algérie a besoin de deux millions d’entreprises, toutes tailles confondues, des entreprises qui doivent être créées par le secteur privée, or les difficultés financières que vivent les entreprises du bâtiment et les blocages que connait Cevital ne sont pas pour encourager les porteurs de capitaux à injecter leurs argent dans  un climat d’affaire très hostile », analyse encore le Pr Guendouzi.

Autre conditions pour tirer la croissance vers le haut, est de pouvoir assurer un « marché loyal et protéger les producteurs de toute concurrence déloyale », soutien le Pr. Guendouzi. Il explique que « les efforts de l’Etat pour encourager l’investissement productif privé  risquent de s’avérer inutiles si le climat des affaires continue à générer de la méfiance plus qu’il n’incite à la confiance. Ajouter à cela, l’impuissance des pouvoirs publique à assainir le marché de l’emprise de l’informel, source d’une concurrence déloyale fatale aux producteurs légaux. »

Ainsi, tabler sur des objectifs portés sur du papier sans défraîchir le terrain juridique, administratif et financier ne fera qu’inscrire les démarches du gouvernement Tebboune dans une démarche de déjà vu déjà entendu. A moins que la planche à billets ordonnée par Bouteflika ne permettra de renflouer subjectivement les caisses des entrepreneurs. En face, l’inflation guêtra, néanmoins, les tentatives d’équilibrage d’une économie vacillante.

Fayçal GNAOUI

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