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Affaire Fekhar : Réveillons-nous !

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La marche de Me Salah Dabouz pour la libération de Kamel-Eddine Fekhar a quelque peu capté l’attention de certains secteurs de l’opinion. Mais, il reste toujours que l’intérêt pour le cas de nos concitoyens du Mzab reste insuffisant. De sorte qu’il y’a à craindre qu’une vague de décès de grévistes de la faim succède à la vague que nous avons déjà connu d’immolés dans l’indifférence. Comme si nous étions incapables d’empathie et tellement captivés par des visions bureaucratiques que le sort de l’humain nous indiffère. Pourtant, il est possible de prendre conscience et de s’affranchir de ces fascinations nous clouent dans l’inaction. Il suffit pour cela d’écouter les régents avouer leurs visions démoniaques.

Le dernier à s’exprimer est M. Ouyahia. Pompeux et arrogant, comme à son habitude, il décrète qu’ils commandent à des sunnites, malékites, et que dans leur domaine il n’y a pas place aux fouteurs de troubles Chiites ou Ahmadites.

Roublard et si peux courageux , il s’affranchit d’aller jusqu’au bout de sa doctrine. Chacun pouvant mener le raisonnement à son terme, il se garde d’invectiver les Ibadites reclus depuis mille ans au cœur du désert. Pourtant, le propos s’applique aussi à ces infortunés concitoyens dont, d’ailleurs, c’est le sort depuis longtemps. Leur culte, doctrine fondatrice des premiers Etats musulmans d’Afrique-du-Nord, est banni de l’enseignement religieux dans les nombreuses chaires de théologie. A entendre de tels procès comment dès lors s’étonner que des nervis shootés au Malikito-Wahhasme s’en prennent aux héritiers de l’Etat de Tahert ?

Les vociférations furieuses « Irhal », mot d’ordre de pogroms sous la protection d’une police plus imprégnée de confessionalisme que de républicanisme résonnent encore dans l’immensité du Sahara. Les images de collusion entre émeutiers et agents armés de l’Etat où les uns et les autres se voyaient en nouveaux « foursane de Okba » restent encore gravées dans les mémoires. Mais pourquoi s’offusquer ? Ces hordes ne faisaient que reprendre à leur compte, en 2014, la mission des conquérants du VII siècle. Faire le plus possible de « sabayas » et de « ghoulmanes » en prélevant la dime et la Kharadj ! Comble extrême, les policiers en étaient même arrivés à entrer en fronde contre leur hiérarchie pour réclamer le droit d’user de la force létale ! Le djihad après tout ne se fait pas à moitié !

Les Ibadites depuis un millénaire résignés à ce statut de reclus devenu une seconde nature pour eux, refusent d’entrer dans la lumière. Laborieux et entreprenants ils ont perpétué une organisation singulière en marge des autres groupements d’Afrique du Nord. Se tenir à l’écart des autres pour ne pas se voir indexé, c’est la logique qui les a conduits à s’établir au Mzab. Les autorités algériennes se sont aisément accommodées de ce particularisme passif ; comme elles l’ont fait aussi de celui des tribus Touaregs. Attitudes peu républicaines, mais qui correspond bien à la nature néo-patrimoniale de l’Etat post-colonial. Tant qu’il s’agit de se maintenir à la marge de la société algérienne, l’isolationnisme Ibadite ne pose aucun problème à la régence algéroise. Mais dès lors qu’il couve en son sein une revendication citoyenne il devient, aux yeux de la régence, un particularisme inacceptable et dangereux.

Voilà l’explication de l’acharnement contre Kamel-Eddine Fekhar et ses camarades.

Abdelmalek Sellal a effectué de nombreux déplacements pour rencontrer les gérontocraties des deux communautés. Les turcs, eux-mêmes, pour pacifier les routes du sel, des esclaves et de l’or n’auraient pas agi autrement. Réunion dans les mosquées des personnages d’un autre temps, accoutrés en bigots dévots dociles, pour les braquer contre une revendication de citoyenneté;  voilà l’œuvre de M. Sellal. Il a tout fait pour isoler Fekhar et ses camarades. Dans son sillage le chef de la IV région militaire n’est pas resté en marge. Traitant les militants mozabites d’énergumènes, il s’en est allé en guerre contre le RCD et le FFS. Partis perçus comme Kabyles, donc contestataires, donc séparatistes. Il faut savoir qu’en plus de Fekhar et ses camarades, des dirigeants du RCD figurent parmi les prisonniers et que pour sa part la direction fédérale à Ghardaïa du FFS est sous contrôle judiciaire.

L’exigence démocratique, républicaine et citoyenne reste la hantise de la régence algéroise qui se compromet jusque dans un communautarisme pseudo arabe dans lequel elle fourvoie les populations malékites.

Dans ce contexte, il est étonnant que la phraséologie pseudo-républicaine du pouvoir accule à la défensive les militants qui devraient se déterminer en faveur du combat de Fekhar. Comment expliquer cet aveuglement des républicains devant les dérives confessionnelles d’un régime qui se théocratise à vue d’œil ? Que faut-il dire, que le simple examen des faits se révèle déjà, pour expliquer que dans le Mzab se jouent pour nous, combinées et fusionnées, l’équivalent des affaires Calas et Dreyfus ? Comment montrer que le traitement de cette situation appelle l’appropriation des enseignements délivrés par Voltaire et Zola ?

Quelles sont les valeurs pour lesquelles Kamel-Eddine Fekar est prêt à sacrifier sa vie ? Lui le républicain qui de son corps défie la caste militaro-bureaucratique, la gérontocratie Mozabite et les néo-prophètes du Malikito-wahhabisme. Sommes-nous, à ce point, incapables de reconnaître l’un des nôtres ? Quand romprons-nous avec la légitimité usurpée que nos ainés ont fabriqué à une clique qui les a gavés de discours ? Une caste qui a détourné le fleuve de notre émancipation ? Il est temps de nos affranchir, temps de nous réveiller.

Réveillons-nous !

Mohand BAKIR

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