A son tour,Réda City 16 entame une grève de la faim

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Parce qu’elles mettent en jeu la vie même d’un être humain, les grèves de la faim pourraient être perçues comme le moyen le plus efficace de faire avancer une cause. Apres Merzoug Touati et Adlène Mellah, voilà donc le rappeur Réda City 16 qui saute le pas et décide de protester contre son incarcération arbitraire.

Tout comme Adlène Mellah, Abdou Semmar, MerouaneBoudiab ou alors l’humoriste Kamel Bouakkez et l’ancien joueur de footFodilDob. Le chanteur de RapRédaHamimed, plus connu sous le nom de « Réda City 16 » est victime d’allégations par certains medias de propagande, dans le seul but d’induire en erreur l’opinion publique. La famille du rappeur avait même dénoncé la médiatisation de l’arrestation de l’artiste, à travers la chaîne Ennahar Tv.

L’arrestation de Réda Hamimed s’inscrit donc, dans le cadre d’une vague de répression sans précèdent observée en Algérie, à l’approche des élections présidentielles de 2019.

Retour sur les faits :

Accusé d’entretenir des liens avec le blogueur Amir Boukhors, connu en Algérie sous le nom d’Amir DZ, et d’avoir partagé unarticle concernant une affaire d’acquisition de biens immobiliers par le wali d’Alger, paru en septembre, sur le site d’information Algérie Direct dont Adlène Mellah est directeur. Réda City 16 se trouve actuellement en détention préventive à la prison d’El Harrach.

Le 13 octobre 2018, lorsque le rappeur se rendait à son domicile situé à Draria, sa voiture a été interceptée par deux véhicules de la gendarmerie nationale.Présenté devant le procureur de la république le 18 octobre 2018, il a été inculpé de « chantage » et «contrefaçon de billets de banque». Ce dernier chef d’inculpation est passible de la prison à vie.

Lorsque son domicile a été perquisitionné par les gendarmes, ces derniers sont tombés sur de faux billets de banque. Ces coupures grossières et imprimées sur une seule face avaient été utilisées lors du tournage de la série télé « El Khawa 2 » dans laquelle Réda Hamimedavait joué le rôle d’un bandit.Une information certifiée par la boite de production elle-même. Réda avait l’intention de les réutiliser pour les besoins d’un clip, avant que sa mère ne décède d’un cancer.

Lorsque les enfants s’en mêlent !

Dans une seconde lettre envoyée à toutes les rédactions, le père du rappeur Réda city 16, ZoubirHamimed a interpellé le président de la République Abdelaziz Bouteflika, pour demander la libération de son fils, un mois après son interpellation.

« (…) Sa bonne réputation et sa célébrité ne lui permettent pas de toucher à l’honneur des gens ou de leur faire du chantage»clame haut et fort le père du rappeur qui demande l’intervention du président pour le faire sortir de l’arbitraire dont il est victime.

Le jour de la fête du Mawlid an-nabaoui ou Naissance du Prophète, c’etait au tour de AniyaHamimed d’adresser une lettre au patron de la chaine de propagande Ennahar Tv, pour lui faire savoir à quel point il leur a fait mal en diffusant en boucle l’arrestation accompagnée de fausses accusations à l’égard de son père.

Aniya, cette petite de 12 ans qui s’est exprimé à travers une lettre que sa mère a retrouvée par hasard, a émue plus d’un. Elle évoque un père exemplaire, qu’elle décrit comme un héros. Son héros.

En créant sa propre boite de production, Réda City 16, a produit plusieurs émissions aux profits des chaines privées Echourouk et El Djazairia One.

Titulaire d’une licence en Marketing, il a débuté dans la chanson en 1996, et fait sa première apparition à la télévision nationale en 1999. Je garde d’ailleurs en mémoire l’image d’un jeune timide et ambitieux, à la fois. Il a percé dans le Rap, et a réussi sa carrière. Ses fans lui témoignent respect et admiration.

Père de deux enfants, Iyed 6 ans et Aniya 12 ans, Réda City 16, a souvent, été victime de fausses rumeurs. Soutenu par sa femme, qui est aussi son manager, il a toujours fini par rebondir.

Aujourd’hui, et en famille, ils se sont mobilisé pour médiatiser l’arrestation arbitraire dont fut victime leur fils, époux et père.

Que se passe-t-il au niveau international ?

Le 1er novembre 2018, un appel urgent a été adressé au Rapporteur spécial de l’ONU sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression (FRDX), par des ONG établies à l’étranger dont El Karama, qui estime que cette arrestation dont est victime le rappeur, n’est qu’une tentative détournée dans le but d’entraver la liberté d’expression encore une fois.

Déjà, en juillet dernier, une note dressant les principales questions à soulever sur la situation des droits humains en Algérie, a été envoyé à la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen, en vue de sa visite en Algérie et en Tunisie.

Au regard du contexte observé en Algérie, Euro Med Droits souhaite poursuivre le travail collectif avec ses membres et partenaires algériens, afin de porter la voix de la société civile au niveau national et international. La tenue du Focus groupe de décembre 2018 à Tunis, vise ainsi à renforcer l’action concertée d’Euro Med Droits avec ses partenaires et membres, ainsi qu’avec les autres ONG de défense des droits humains.

 

Pour finir, je rappelle que ces arrestations témoignent d’une volonté des autorités de réduire à néant toute liberté d’expression sur la toile, garantie par l’article 19 du Pacte international des droits civils et politiques (PIDCP ) ratifié par l’Algérie en 1989.Et induire ainsi un sentiment de peur pour tous les usagers des réseaux sociaux en Algérie.

Lila MOKRI

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