Ait-Menguellet a fêté le nouvel an berbère sur une autre terre à l’identité très forte : l’Alsace !

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C’est à côté de Mulhouse, à Sausheim, dans le Haut-Rhin que le légendaire chanteur kabyle Lounis Aït Menguellet s’est produit en concert dans le cadre de la tournée de ses 50 ans de carrière mais également dans le cadre d’un festival local appelé « les Vagamondes », qui met en valeur les cultures du sud et enfin dans le cadre du nouvel an berbère.

On pourrait croire qu’il ne rassemblerait dans la salle que les Kabyles d’Alsace et bien que nenni, les Alsaciens sont également venus nombreux réécouter ou découvrir les morceaux de ce poète aussi talentueux que simple, modeste, ouvert et de très grande classe.

A peine le concert avait il commencé, que déjà les robes kabyles de toutes les couleurs et les drapeaux amazighs se lâchaient devant la scène. Ce n’était pas un concert de star avec une certaine distance entre l’artiste et les spectateurs, non c’était autre chose : un concert familial. C’était le chanteur défenseur de son identité, de sa langue et de sa culture venu avec ses musiciens, dont son fils, apporter un peu de bonheur musical à ses frères et sœurs berbères en toute simplicité. Des hommes et des femmes de tous âges, des adolescents, des enfants tous présents et fiers d’être là. Combien d’artistes sont-il capables de rassembler des spectateurs sur plusieurs générations ? Très peu. Lounis Aït Menguellet le fait.

L’association de culture berbère du Haut-Rhin, présidé par Djaffar Ould Abdeslam en a profité pour remettre une armoirie et un souvenir d’Alsace à l’artiste pour son passage dans la région et pour le remercier pour tout ce qu’il a apporté à la langue kabyle et à la culture berbère en général.

Lounis Aït Menguellet a accordé un moment à notre journal avant la séance dédicaces pour répondre à quelques questions.

Article de Christelle Baldeck/Propos recueillis par Christelle Baldeck et Djaffar Ould Abdeslam

L’interview

La Voix d’Algérie : Demain les Berbères fêteront le nouvel an, que leur souhaitez-vous ?

Lounis Ait Menguellet : Evidemment, je leur souhaite beaucoup de bonheur ainsi qu’une année qui verra bon nombre de problèmes prendre fin et trouver des solutions, comme l’exemple du Yennayer désormais férié en Algérie. Je leur souhaite tout ce qu’il y a de bien et de beau. S’ils sont bien alors je serai bien moi aussi.

Justement vous évoquez Yennayer férié en Algérie, quelle a été votre réaction à cette annonce ?

J’étais content et amer à la fois. Content car c’était une reconnaissance légitime et amer car cela aurait pu être fait depuis longtemps, depuis toujours. Il est dure de savoir qu’en tant qu’autochtones nous sommes obligés de demander une reconnaissance de notre identité arrachée morceau par morceau. Ce jour férié nous fait plaisir mais avec une certaine amertume pour l’incompréhension dont nous sommes encore victimes. Il arrivera un jour où l’on dira aux Algériens lorsque vous reconnaitrez votre véritable identité tout s’arrangera.

Cinquante ans de carrière…avez-vous des regrets, des choses que vous ne feriez plus ?

Je préfère ne pas me voiler la face car oui j’en ai beaucoup. Il faut être infaillible pour ne pas en avoir mais en tout cas mes regrets ne sont pas irréversibles et ce n’est pas plus grave que ça et j’ai aussi eu beaucoup de satisfaction dans ma carrière.

Vous avez chanté en Alsace ce soir (à noter qu’officiellement l’Alsace n’existe plus depuis la fusion de cette région historique avec la Lorraine et la Champagne-Ardenne), région où beaucoup d’habitants revendiquent leur culture et leur langue avec parfois des incompréhensions de la part des autres Français. Est-ce aussi le cas pour les Kabyles ou les Berbères en général par rapport aux arabophones ?

Oui c’est évident. De plus les Alsaciens sont bien placés pour nous comprendre. Parfois on reçoit beaucoup d’incompréhensions de la part de personnes qui nous traitent de ce que nous ne sommes pas et sans comprendre que cela nous blesse.

Je respecte toutes les cultures et toutes les identités mais je ne veux pas que l’on me blesse.

Nous (les Kabyles) sommes une société très sociable, la preuve nous sommes partout. Nous avons toujours essayé de comprendre les autres.

Que trouverons-nous dans le prochain album ?

Cela fait cinquante ans que je ne prévois jamais le prochain album. J’ai toujours été un chanteur provisoire. Je chante en attendant que ça s’arrête et je suis incapable de dire si ça continuera.

C. B./ D. O. A.

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