Azeddine Lateb : Le Chant de l’oiseau libre.

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« Rien désormais n’arrêtera la chanson” est un recueil de six textes écrits par mon ami et poète Azeddine Lateb. La puissance de son verbe n’a d’égal que sa beauté.

A travers la lecture que nous vous proposons en plusieurs parties de ces textes, nous vous invitons à prendre part au voyage…

1-La mère de toutes les mères…
Fils de la tribu du poète qui habite les cieux “lbaz izedghen igenwan”, Azeddine Lateb offre à nos âmes assoiffées du Verbe qui ruisselle sous le clair de lune d’une complainte portée par une flûte errante, une coupe de poésie fraîche.

“Rien désormais n’arrêtera la chanson” est le titre de ce voyage initiatique présenté en six merveilles de textes étalés sur une quarantaine de pages.

“A Nos Mères blessées”, “L’amant de la langue”, “Pour les miens”, “Pourquoi sommes-nous morts assassinés un jour de printemps ?”, “L’oiseau souverain” et “Rien désormais n’arrêtera la chanson” sont les titres des six êtres poétiques de ce recueil.

D’emblée, Azeddine prévient : ” A chaque attaque de l’Ogresse Noire, nous répondrons par les frondes sacrées du vivre ; secrets inscrits dans le livre, tablette dans le ciel. Asafou de l’émeutier qui renaît dans l’amandier. Enfant écrasé par des hommes qui ont cessé d’être cri d’un ventre ; enfants monstrueux d’Hiroshima”.

Le poète n’écrit pas pour plaire. Sa plume n’est pas faite pour caresser le fauve qui vit sous la peau de l’être humain dans le sens sa cruauté.

En ces quelques mots se présente un émeutier du verbe qui a des vérités à lancer à la face de la bêtise humaine. Au gendarme du crime, aux assassins du printemps, aux coupeurs de fleurs, aux briseurs de rêves, à tous les démons qui prennent en otage le sourire inachevé de chaque enfant jeté dans la gueule du loup, il lance le cocktail Molotov de ses mots.

Que l’on ne s’y méprenne pas ! Le poète aime trop la vie pour sacrifier sa beauté à la mort. Il n’aime pas la voir s’éteindre dans les yeux de celles et de ceux qui ont vu tant de soleils naître au matin pour offrir la lumière de leur âme au jour et, le soir, fondre dans leur sommeil pour renaître au cœur de leurs rêves.

Fin observateur de notre condition d’exilés de nos rêves d’enfants, Azeddine transperce l’âme de notre être avec son regard malicieux. Un regard qui a la finesse de sa lucidité et l’intelligence de son cœur. Un regard aussi tourmenté que son esprit qui semble habiter l’ailleurs des êtres invisibles qui peuplent son être.

“J’ai beaucoup de locataires !” a l’habitude de dire Azeddine pour plaisanter. Ces “locataires”, Azeddine les appelle “Ifrax-iw” (mes oiseaux). Oui, Azeddine aime les oiseaux d’un amour inconditionnel. Son âme est un jardin qui leur est dédié, leur refuge quand ils n’ont plus où aller. Le pays de leur exil…

Le poète cisèle des mots qui ne savent pas tricher avec la langue. Des mots qui ne savent pas trahir les secrets du langage. Des mots qui habitent -déjà !- un pays “né pour naître”.

Des mots saignants d’une langue printanière dont le soleil est écorché vif. Une douleur intense, celle de l’âme de la vie, étalée sur la lumière qui pleure. Le jour est en exil. La nuit n’est plus la nuit. Le temps ne tient qu’au file d’une larme qui coule sur le visage de “La Mère” qu’habitent toutes les mères blessées, toutes les mers agitées.

De l’âme du cœur de cette poésie jaillit le chant qui semble avoir retrouvé les mots pour libérer le Cheikh de son sommeil, le temps d’une chanson.

Le Cheikh, le fils de l’amour en exil, le père des exilés que pleurent les collines de leur enfance, semble être guéri des stigmates d’une vie antérieure. Après tant d’années de silence, il reprend son mandole. Ses mains se souviennent de la moindre note s’élevant contre l’interdit imposé à l’Amour. Avec le Cheikh, il n’est plus interdit d’aimer.

L’amour est l’amant de la vie. Il est sa douleur quand elle est blessée et sa plus belle fleur quand, au printemps, elle étale sa beauté.

A “La Mère” de toutes les mères, ” A Nos Mères blessées”, Azeddine offre le premier texte de son recueil.

Ses mots cherchent dans l’âme de sa blessure le sens de chaque silence, de chaque présence, de chaque absence, de chaque déchirure, de chaque brûlure, de toute espérance que seul peut porter “le langage de Tasa”, ce paradis maternel de l’amour que nous, orphelins de l’âme de notre existence, cherchons à retrouver, nos vies successives durant :

“Mère, saurai-je te consoler, t’alléger de ce qui te craque les vertèbres ; t’apaiser de ce qui te tord les entrailles ? Ta blessure est grande. La béance est énorme et le gouffre profond. Saurais-je atteindre ce langage, l’indicible langage de Tasa ? Saurai-je éteindre ce feu qui te calcine Tasa ? Tasa, siège où l’âme file l’amour, la vie. Mère, Parole avant le silence. Lumière qui tricote le jour. Rose sur les sourcils du matin, le plus beau matin, le matin du monde.”

Le Cheikh continue de chanter. Les notes de son mandole jette son souvenir dans les bras de sa Bien Aimée. Cette fois-ci, il ne la quittera plus. A travers elle, il rend hommage à la Fiancée de l’amour interdit, aux filles de toutes les collines exilées, à toutes les femmes, à toutes les mères…

“La Mère” du poète prend les traits de chacune de nos mères. Cet olivier ancestral détient le secret de la première aube des temps, même s’il ne s’en souvient plus.

Cette “Mère” est une blessure qui sait faire de sa douleur la source d’une nouvelle vie : son enfant !

“J’écris dans le sang. Je renais.” C’est ainsi que le poète a appris à renaître de chacune de ses morts. Pour ne pas faire de son être le cimetière de sa vie, pour éviter d’être prisonnier d’une vie antérieure, il a choisi de partir…

“Partir est le prélude de la mort. Je meurs au pluriel et je renais”, constate le poète au bout de plusieurs voyages dans l’au-delà de sa propre présence en ce monde. Les mondes qui l’habitent lui ont appris à ” vivre au pluriel”, à vivre…

Le Cheikh l’accompagne dans tous ses voyages. C’est dans la sérénité de sa voix qu’il trouve un sens à ses propres désillusions. Les mots du Cheikh ont la vertu de le libérer du renoncement.

Sa voix continue de chanter…

Le poète est loin d’être dupe. Il sait que les vertus d’une chanson ne suffisent pas pour guérir l’être humain de ses velléités de guerre.

“Les guerres ne finissent pas. Elles sont tapies dans l’obscur appétit des hommes qui ne sont plus des enfants. Humains exilés de l’humanités.”
Suis-je condamné à porter la terre comme une croix sanguinolente ; condamné à errer ?” Se demande-t-il.

Les notes émanant du mandole du Cheikh ramène son âme aux sources du jaillissement de l’”Asirem”, le poème de l’espérance qui lui a permis d’habiter le cœur du chant de la vie.

“Mère, j’aspire, j’espère, Asirem, poème tissé dans ce ventre autant de fois ouvert. J’habite l’espérance. Ai-je le droit de renoncer à ton chant, la vie ?

Ai-je un autre battement que le désir de retour, ce rêve de te retrouver, un jour ? La vie ne sera alors que plus belle, allégée de la tristesse et de la lourdeur. Leḥzen yuɣal ttameɣṛa.
Ma mère, Ma terre, La vie.”

Le Cheikh entonne une autre chanson…

Hacène LOUCIF.

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