Ces « Voleurs » qui…

dans A la Une/Actualité/Chroniques/Les Mots de Idir Tazerout

Jouer l’omerta, contourner l’interdit, franchir « les lignes rouges », faire preuve d’un tel courage pour honorer son devoir d’informer a un prix. Mohamed Tamalt et, bien avant lui, Said Mekbel et Tahar Djaout le savaient. Leur devoir d’informer, ils l’ont payé au prix de leurs vies ! L’honneur n’a de prix que le sang. La servitude, quant à elle, se donne au plus offrant.

Ceux qui ont accepté de « jouer le jeu » l’ont vérifié au dépend de leur liberté de penser et d’écrire.
Comment accomplir son devoir quand le sens des mots et des choses et celui de leur interprétation sont pervertis ?
Beaucoup de titres de la presse algérienne ne sont pas arrivés à s’affranchir des conditions de crise dans lesquelles ils ont été créés durant les années 90.

Évoluant dans un système politique illégitime, les médias sont soumis à un régime de traitement des événements sous l’angle défini par les puissants et transmis aux chefferies de rédaction via leurs relais.
Ces relais se trouvent parmi la vieille garde des patrons de presse, issue du journalisme du parti unique. Les tenants de la publicité publique ou privée !

À l’évidence, il y a des tentatives courageuses de transcender ces conditions.
Seulement, elles restent insuffisantes. En général, la presse algérienne porte en elle les contradictions du système politique dont l’illégitimité empêche la définition.

Pour mieux illustrer le propos, il faut regarder simplement la trajectoire de Tahar Djaout, de Said Mekbel et celle de Hamid Grine… Les deux premiers furent assassinés au nom du « terrorisme pédagogique ». Le dernier, durant ces sombres années, a préféré fuir l’Algérie pour servir le royaume du Maroc. Djaout et Mekbel se retournent chaque jour dans leurs tombes et ne nous reviennent que dans nos mémoires pour tout ce qu’ils nous ont apporté en dignité… Le dernier, le Grine, n’est revenu en Algérie qu’après que la guerre contre le mot est finie pour rejoindre directement la mangeoire de Bouteflika comme ministre de la communication.
Grine, lui, nous revient tout le temps et sans relâche pour détruire ce qui est construit de beau pour cette profession. Ce dernier, ne rate aucune occasion pour cracher sur la noblesse de cette profession. Mais qu’il sache une chose ; La bave du crapaud n’atteint jamais la blanche colombe.

Enfin, il faut reconnaitre que la situation des médias dans le monde n’est pas tellement mieux en ces temps de post-vérité, de fake news et de domination d’une oligarchie mondiale ayant réussi à transmettre la souveraineté des États vers les centres de la haute finance globalisée.

C’est dire qu’en ces temps de « post-vérité », le prix à payer pour « ces voleurs qui » osent braver les interdits, c’est de faire taire leurs mots. Mais, est-ce pour autant que les tenants de la folie furieuse de notre époque auront raison de leurs rêves, les nôtres ? En guise de réponse, misons sur le « NON » de la résistance.

Idir TAZEROUT

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