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La chasse aux journalistes: Une manière de museler la presse libre ?

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Au lendemain de la journée nationale de la presse, décrétée en 2013, par le président de la république lui-même. Une vague d’arrestation de journalistes et militants se sont multipliées en Algérie.

Le directeur des sites d’information Algérie Direct et Dzair Presse, Adlène Mellah, d’une part, et le rédacteur en chef et journaliste du site d’information Algérie Part, Abdou Semmar, et son collaborateur, Merouane Boudiab, d’autre part, ont été placés en garde à vue séparément, avant d’être déférés, inculpés et placés en détention préventive le 25 octobre.

RSFjournalistes

Selon Me Zakaria Benlahreche, avocat d’Abderrahmane Semmar –Dit Abdou- Son client est poursuivi suite à « des plaintes déposées par le wali d’Alger et le patron du groupe privé Ennahar Tv».

A.Semmar est accusé d’avoir repris des informations publiées par Amir Boukhors (Dit Amir.dz) écrit le journal Français Le Monde.

Poursuivi pour diffamation, le journaliste risque de deux à six mois de prison, selon le code pénal.

Quant à Adlene Mellah, directeur des médias en ligne Algérie direct et Dzair Presse, il est visé par des plaintes du PDG du groupe privé de média Ennahar Tv, du wali d’Alger Abdelkader Zoukh et d’Abderrahmane Benhamadi, le PDG du conglomérat d’électronique et d’électroménager Condor.

Selon son avocat Me Abdelghani Badi, son client a été inculpé «d’outrage aux institutions»«enregistrement ou prise de vue sans autorisation ou consentement» et «atteinte à la vie privée». 

Accusé de « diffusion d’informations personnelles sur des pages Facebook », le lauréat 2016 de l’Algeria Web Award du meilleur site d’information, Aljazair24, IlyesHadibi, a été arrêté à Alger, et placé en détention provisoire depuis le 31 Octobre, soit la veille du 1er Novembre. Le même jour à Constantine, Abdelkrim Zeghileche, directeur de la webradio Sarbacane, était également incarcéré, pour « injures, diffamation et menaces » à l’encontre d’un président d’une association locale.

A. Zeghileche avait déjà été arrêté à deux reprises, le 9 septembre et le 6 octobre, pour avoir tenté d’organiser une manifestation des opposants au cinquième mandat en tant que coordinateur du mouvement « Mouwatana ». Ce dernier vient de publier une déclaration dans laquelle il dénonce ce qu’il qualifie de «terreur d’Etat».

Dans une déclaration rendue public, l’épouse d’Adlene Mellah, déclare que l’état de santé de ce dernier s’est dégradé depuis son incarcération. Adlene Mellah souffre de problèmes cardiovasculaires et dispose d’un dossier médical qui prouve l’urgence de le transférer à un hôpital digne de ce nom. Sa femme craint le scénario « Mohamed Tamalt ».

Adlene Mellah n’est pas le seul à souffrir derrière les barreaux. Le journaliste-fixeur Saïd Chitour, arrêté le 5 Juin 2017 par les services de renseignement à l’aéroport d’Alger puis placé en détention à la maison d’arrêt d’El Harrach à Alger, est poursuivi pour « intelligence avec une puissance étrangère ». Selon son avocat, Maitre Brahimi, le journaliste aurait réalisé une revue de presse pour des ambassades et journalistes étrangers. Cependant d’après lui, il n’y a rien qui incrimine Saïd Chitour, car « son dossier est vide ».

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Atteint d’une tumeur au niveau de la tête, Saïd Chitour n’a bénéficié de soin approprié qu’à partir de la nuit du 29 au 30 Octobre 2018, ou il a été évacué en urgence vers un hôpital Algérois afin de subir une opération chirurgicale. Selon les proches du journaliste, Son état de santé est depuis un certain temps très critique et se dégrade de jour en jour.

Le 12 novembre 2017, la chambre d’accusation a formulé, de lourds chefs d’inculpations, au regard desquels Saïd Chitour risque la prison à vie selon l’article 65 du code pénal qui prévoit « est puni de la réclusion perpétuelle quiconque, dans l’intention de les livrer à une puissance étrangère, rassemble des renseignements, objets, documents ou procédés dont la réunion et l’exploitation sont de nature à nuire à la défense nationale ou à l’économie nationale ».

Ainsi au regard des faits, il apparaît que Saïd Chitour est manifestement victime d’une détention arbitraire violant ainsi le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques (PIDCP) dont l’article 9 dispose « nul ne peut faire l’objet d’une arrestation ou d’une détention arbitraire ».

De plus l’article 19 alinéa 2, qui dispose que « toute personne a droit à la liberté d’expression ; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix » a été également violé par les autorités algériennes.

Tout comme Saïd Chitour, le blogueur Merzoug Touati, arrêté en janvier 2017 pour « intelligence » avec l’État d’Israël et « incitation à la rébellion », croupit dans la prison d’Oued-Ghir à Bejaia, ou il purge une peine de Sept ans de prison.

Amnesty International déplore l’état de santé du blogueur et déclare qu’« Il est dans une situation fragile, il a observé plusieurs grèves de la faim et son moral est très atteint »

Merzoug-denonce

Mais qu’en est-il des lois ?

Depuis le lancement de l’internet haut débit mobile 3G (fin 2013) et très haut débit 4G (en 2016), des dizaines de sites électroniques d’information et des journaux en ligne sans édition papier (pure Players) sont apparus, pour s’imposer désormais comme une source d’information incontournable du paysage médiatique national. La révolution numérique a bouleversé le paysage médiatique du pays, avec l’apparition de nombreux journaux électroniques et web-Radios.

La promulgation du Code de l’information de 2012, qui a donné lieu à une assise juridique à l’activité de la presse écrite en ligne, annonce qu’« Il est entendu par presse électronique, au sens de la présente loi organique, tout service de communication écrite en ligne destiné au public ou une catégorie de public, édité à titre professionnel par une personne physique ou morale de droit algérien qui a la maîtrise de la ligne éditoriale de son contenu », lit-on dans cette loi qui a consacré 6 articles sur le sujet.

La dépénalisation du délit de presse a constitué, en outre, une avancée à forte symbolique pour la corporation journalistique.Aux termes de l’article 50 de la Constitution révisée en 2016, « le délit de presse ne peut être sanctionné par une peine privative de liberté ».

Le même article énonce que « la liberté de la presse écrite, audiovisuelle et sur les réseaux d’information est garantie. Elle n’est restreinte par aucune forme de censure préalable. Cette liberté ne peut être utilisée pour attenter à la dignité, aux libertés et aux droits d’autrui.

La diffusion des informations, des idées, des images et des opinions en toute liberté est garantie dans le cadre de la loi et du respect des constantes et des valeurs religieuses, morales et culturelles de la Nation ».

Ainsi, après l’installation de l’Autorité de régulation de l’audiovisuel (ARAV) en juin 2016, il est attendu la mise sur pied prochaine de l’Autorité de régulation de la presse écrite (ARPE), conformément à la loi organique sur l’information.Le rôle de l’ARPE est « d’encourager la pluralité de l’information » et de « veiller à la diffusion et à la distribution de l’information écrite à travers tout le territoire national ».

Atteinte à la présomption d’innocence

Diffusées en boucle par la chaîne privée Ennahar Tv, les images des prévenus menottés dans l’enceinte du tribunal,ont choqué les militants, juristes et journalistes.Ces derniers n’ont pas manqué de dénoncer une atteinte grave à la présomption d’innocence, doublée d’une volonté délibérée d’« humilier » et de faire des « exemples ». Surtout que ces faits ont lieu à l’approche de la Présidentielle de 2019.

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a souligné que la couverture d’Ennahar TV était « contraire à l’article 56 de la Constitution [sur la présomption d’innocence] et aux conventions internationales ratifiées par l’Algérie ».« Ces pratiques condamnent de fait Abdou Semmar, Merouane Boudiab et Adlène Mellah. Elles peuvent impacter de manière dangereuse le déroulement du procès », a prévenu RSF.

Pour le Syndicat algérien des éditeurs de la presse électronique (SAEPE), ces arrestations « aux allures de rafle ressemblent à des représailles politiques déchaînées actuellement contre toutes les formes d’expression autonome de la presse et des citoyens ».

Dans un courrier adressé à l’intention du « Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’expression et d’opinion auprès du Conseil des Droits de l’Homme des Nations- Unies » le 02 Novembre dernier, à l’occasion de la Journée Internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes. le CFDA et la FEMED déclarent qu, « Il est important de rappeler que la détention arbitraire de ces journalistes, s’inscrit dans une tendance de la part des autorités algériennes depuis les élections de 2014 à restreindre la liberté d’expression en Algérie et à verrouiller le paysage médiatique.

La LADDH, le mouvement Mouwatana et d’autres ONG nationales ne cessent d’appeler au respect des libertés démocratiques, en réitérant leur appel auprès du gouvernement pour la libération de l’ensemble des journalistes, blogueurs et détenus d’opinion.

RSF, Euromed-Droit et Internet sans frontières dénoncent aussi ces interpellations qui constituent «une grave atteinte à la liberté de l’information» et demandent ainsi la libération immédiate de tous les journalistes détenus.

Selon plusieurs medias étrangers, les arrestations en série de ces journalistes en ligne font croire que le Président Abdelaziz Bouteflika tente de faire taire ces plumes qui ne sont pas du tout tendres avec son régime.Dans un climat politique qui se tend à l’approche de l’élection présidentielle d’avril 2019, ces journalistes ont rejoint en prison Saïd Chitour, emprisonné depuis juin 2017.

Rappelons-le « l’Algérie est 136ème au Classement mondial de la liberté de la presse 2018 ».

Lila MOKRI

1 Commentaire

  1. Le pouvoir de dictature continue a arrêter tous ceux qui osent dénoncer la corruption et tous les crimes .
    La loi est appliquée juste pour les innocents , quant aux vrais coupables qui ont ruiné le pays ,ils sont couverts par cette justice outil du pouvoir de voyous aux commandes.

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