Contribution / La fête, dites-vous ? Y a-t-il encore quelque chose à fêter ?

dans A la Une/Actualité/Contributions

Alger 1959, c’était le jour de l’Aïd Es Séghir et les enfants étaient joyeux et biens habillés, mangeant des sucreries et avec un peu d’argent de poche donné par les adultes du quartier de la basse Casbah.

L’un d’entre eux, fils de chahid, vis Ammi Miloud son tuteur désigné par le FLN devant son magasin de tissu de la rue Solferino la mine grave comme à l’accoutumée et pensif et il lui demanda pourquoi il ne souriait pas en ce jour de fête. Sa réponse fut qu’il ne sourirait que le jour de l’indépendance de l’Algérie. Le garçonnet de 7 ans ne comprit pas sur le champ ce qu’il entendait par là.

Bien des années plus tard et après l’épisode de l’appropriation illégale des biens vacants par les résistants de la dernière heure, les nervis, les néo harkis sans que les autorités ne réagissent et ne les attribuent à leurs légitimes ayant droits, ceux qui se sont investis dans la lutte de libération, et face à la généralisation de la pratique du piston, du favoritisme, du népotisme, de la corruption que le jeune algérois alors devenu lycéen comprit que le colon européen a été vite remplacé par le colon du cru tout aussi rapace, vulgaire, arrogant et inculte même bardé de diplômés.

Quelque chose s’est alors cassée, l’innocence s’est envolée, l’exil intérieur s’est installé en lui devant la déchéance civique et morale de la société gangrénée par la recherche de l’intérêt personnel et de l’argent. Il a ressenti de la honte devant cette situation de pollution morale insupportable, de ces compatriotes tombés bien bas et de l’absence de dignité. Brahim Senouci, l’initiateur de la pétition pour la restitution par la France des crânes des morts de Zaatcha, laquelle n’a que péniblement recueilli 30.000 signatures en majorité françaises du fait du peu d’écho auprès de nos compatriotes de par la censure des médias nationaux ( ?) et des autorités, a écrit dans El Watan un article sous le titre Les chouhada reviendront bientôt.

Les crânes des martyrs de Zaatcha sûrement un jour mais pas les chouhada ! D’ailleurs pourquoi reviendraient-ils ? Pour voir le gâchis dans lequel les nouveaux huns, leurs enfants, ont plongé le pays et allègrement dilapidé par avidité et l’esprit de rente l’héritage chèrement obtenu grâce au sang versé par nos aïeux.

Depuis l’année 1970 les mots fête, réveillon n’ont plus aucun sens pour l’ancien algérois de la basse Casbah et il est toujours révolté à la vue de ces algériens qui par convois entiers festoient en Algérie, France, Tunisie ou Turquie en dilapidant la maigre rente qui subsiste alors qu’autour d’eux et dans le monde il y a tant de mensonges, d’hypocrisies, d’injustices, de misères et de guerres.

L’indécence est ce qui caractérise le mieux les arrivistes et autres énergumènes. En tournant le dos à leurs valeurs, les algériens ont perdu leurs âmes et sont entrés dans d’épaisses ténèbres.

Pour diner avec le diable, il faut le faire avec une longue cuillère dit l’adage, pour n’avoir pas médité cette sage vérité ces novices, ces convives affamés et assoiffés sont maintenant confrontés à un choix cornélien, serfs perpétuels à l’intérieur ou supplétifs/larbins à l’extérieur?

M. MADANI Bouabdallah

madanibouabdallah@hotmail.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse mail ne sera jamais publiée

*