DÉCOLONISEZ L’HISTOIRE !

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L‘Algérie, le Maghreb en général, on été un carrefour de l’histoire où l’Orient et l’Occident se sont rencontrés. Massinissa, Jugurtha, Saint-Augustin symbolisent la personnalité du peuple berbère dont je suis issu. L’islam a par la suite apporté une éthique de vie faite d’égalité, de justice sociale et de tolérance. La France demeurait pour nous la patrie des droits de l’Homme.
Il y a là une richesse incomparable, un patrimoine culturel qui réunit les plus belles créations de l’humanité. »
Ali Mécili, Aix, le 21 septembre 1970

Le coup de fraîcheur d’un casting électoral et c’est la Saint-Valentin politique entre un Etat post-colonial et une ancienne puissance d’occupation ! La mémoire ? Circulez, il n’y a rien à voir ! L’histoire, c’est l’avenir qui compte ! Du moins, c’est ce que semble proposer Emmanuel Macron, candidat à la prochaine présidentielle française, à l’occasion de son séjour d’aujourd’hui et demain en Algérie.

En bon marchand, l’ancien banquier des Rothschild & Cie joue la carte d’une « Algérie incontournable dans une campagne présidentielle » quand il s’agit de remettre «  la politique arabe et méditerranéenne » au cœur de la diplomatie française.

Incontournable, l’Algérie ? Elle l’est surtout pour peaufiner sa stature internationale de présidentiable ou, plutôt, son rôle (rêvé ou programmé ?) d’incarnation – à la française- du transfert de la souveraineté des Etats vers les centres d’une haute finance internationale vorace, inhumaine, négatrice des crimes commis contre les peuples anciennement colonisés, leurs mémoires et leurs histoires respectives.

Alors, autant le certifier sans le moindre risque de se tromper : il n’y a rien de nouveau sous le soleil d’une géopolitique des rapports de domination entre ancien colonisé et ancien colonisateur. Et ce n’est pas la visite de l’ex-ministre de l’Economie d’un François Hollande ayant vite fait de mettre aux oubliettes son discours du Bourget où il clamait que la finance était son ennemie qui prouvera le contraire.

Il est vrai que pour préparer le décor de cette représentation théâtrale où le politique est inféodé à l’économie du chiffre, les signes positifs envers l’Algérie n’ont pas manqué d’être envoyés ces derniers jours.

Quand ce n’est pas la Directrice générale du FMI, Christine Lagarde, qui loue le « bon exemple » d’une « loi de finances de 2017 » légalisant la paupérisation du peuple algérien, c’est Jean-Louis Guigou, Président-fondateur de l’Institut de Prospective Economique du Monde Méditerranéen(Ipemed) qui promet que « l’Algérie allait être demain un très, très grand pays« .

A trop tourner le dos à l’histoire, Monsieur de la rétrospective semble oublier que l’Algérie n’a pas attendu son amabilité de façade pour être un grand pays.

Sa grandeur, le peuple algérien l’a construite dans le combat pour sa libération à travers les siècles d’une histoire qui continue à subir le déni d’un régime illégitime. Un régime dont la longévité est assurée par les raisons sécuritaires d’Etat du reniement.

LE DÉNI :
Se libérer d’un passé lourd de 132 ans d’une occupation négatrice de l’existence même du peuple algérien est un impératif pour le pays, anciennement colonisé, et son ancien colonisateur. Seulement, un tel travail ne peut être effectué que dans le strict respect de la vérité et de la justice.

D’ailleurs, les candidats à la prochaine présidentielle en France ne peuvent passer outre l’appel pour « Reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France » lancé, ces derniers mois, par plusieurs personnalités.

« …nous demandons aux plus hautes autorités de l’Etat et aux candidat-e-s à l’élection présidentielle qu’ils se prononcent pour la création d’un lieu du souvenir à la mémoire de celles et ceux qui furent assassinés, l’ouverture de toutes les archives relatives à ces différents événements et la reconnaissance de ces crimes de guerre et de ces crimes d’Etat. C’est ainsi que justice sera rendue aux héritiers de l’immigration coloniale et post-coloniale, et que les discriminations mémorielles qui les affectent toujours pourront être combattues. Enfin, de tels actes permettront à tous les Français-e-s de mieux connaître cette histoire singulière. » est-il mentionné dans cet appel signé, autre autres, par les historiens, Gilbert Meynier et Olivier Le Cour Grandmaison, les acteurs politiques, Noël Mamère, Olivier Besancenot et Samy Johsua, l’éditeur, François Gèze et la sociologue Fatma Oussedik.

Imposer l’omerta sur ces pages sombres en maintenant les peuples algérien et français en otage de ce que le Pr Arkoun qualifiait de « conflit des ignorances » empêche l’émergence d’une conscience commune permettant une construction humaine de la citoyenneté méditerranéenne.

Le 21 septembre 1970, l’opposant algérien, Ali Mécili écrivait ces lignes qui restent d’une actualité nous rappelant le retard accumulé depuis :

« Que l’hypocrisie existe au niveau des gouvernants, cela ne m’intéresse pas, Monsieur! Ce qui m’intéresse moi c’est l’avenir des relations entre les peuples, c’est une meilleure compréhension entre les hommes, c’est la paix dans cette « mare nostrum » où se trouvent dans un creuset commun les sources de notre civilisation. »
Le printemps de cette année sera celui de la commémoration du trentenaire de l’assassinat d’Ali Mécili, commis le 7 avril 1987 par les services secrets algériens sur le sol français.

L’impunité assurée aux organisateurs de son assassinat, au nom de deux raisons sécuritaires d’Etat, a rendu possible le « non-lieu » prononcé dans « l’affaire Mécili« .

C’est dire l’urgence de décoloniser une histoire pleine de cadavres et minée par les non-dits.
Az. O.

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