DIVERSIONS CRIMINELLES !

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« Pour la création d’un langage commun,…il faut une déconstruction de l’idéologie nationaliste. Une vraie déconstruction….Il ne faut pas confondre unité et unanimisme ».
Mohammed Harbi.

« Opération mains propres »,  » cabale », « purge », les mots fusent comme des feux d’artifice ! A qui voulait de l’animation pour cet été, le spectacle est servi. En tête d’affiche, Abdelmadjid Tebboune, le Zorro de l’administration bombardé Premier ministre pour les besoins du feuilleton tragi-comique de « la lutte contre la corruption », Ali Haddad, le Picsou des circuits mafieux de la distribution de la rente et Abdelmadjid Sidi Said, le Gargamel de l’UGTA.

Force est de constater qu’en ces temps où l’ont meurt d’ennui, de canicule, de désespoir dans un pays où l’assassinat politique, les tueries, les interdits et même « les incendies sécuritaires » servent d’instruments de « grands rééquilibrages claniques » à un régime militaro-mafieux inapte à tout changement, le match que nous proposent nos Zorro, Picsou et Gargamel nationaux est inédit.

Le casting est de choix ! Il réunit le Premier ministre, le président du FCE et le secrétaire général de l’UGTA.

D’habitude et en pareille période, ces trois protagonistes de pacotille proposent un simulacre de débat social sous forme de « tripartite » . Alors, qu’est-ce qui a changé, cette fois-ci, pour que l’on substitue à ce spectacle celui d’un combat de coqs à trois ? Fondamentalement, pas grand chose.

Sinon, pour cet été, les scénaristes du régime semblent décidés à tenir les algériennes et les algériens loin des questions qui concernent leur quotidien, l’avenir de leurs enfants et celui de leur pays.

A priori, il n’est pas question pour eux de donner à l’intersyndicale autonome l’occasion de faire une démonstration de force en vue de la prochaine rentrée sociale.

Il faut surtout éviter de faire grand bruit de La loi de finances 2017, du code de travail et de tous les sujets qui fâchent. Du moins, c’est ce que semblent se dire les faiseurs de têtes et de fêtes du régime.

Alors, un combat de coqs à trois, c’est plus amusant, moins coûteux…et puis, même s’il y a des gagnants et des perdants comme dans tout combat, ce n’est que du spectacle.

Zorro Tebboune attaque, Picsou Haddad esquive, le « Z » titille Gargamel Sidi Said. Ce dernier prend la défense de Picsou. Il demande un temps mort, fait circuler une motion de soutien à Picsou parmi les travailleu…, heu…, les grosses têtes du patronat algérien. Il fait signer les uns par contumace et les autres sous la menace.

Le « camp » de Zorro proteste. L’arbitre avertit Picsou et sanctionne Gargamel . Se sentant en position délicate, ce dernier affiche un sourire jaune et rappelle son attachement au  » Pacte national économique et social ». En un mouvement de danse du ventre, il tente de montrer patte blanche. Se faisant serpillière, il renouvelle son allégeance « au Président Abdelaziz Bouteflika ». Comme dirait le poète,  » chez ces gens-là, on n´vit pas, Monsieur, on n´vit pas, on triche »

De la poudre aux yeux !

Dans toute cette histoire, Zorro Tebboune est évidemment le héros. C’est lui qui se bat pour « séparer » le pouvoir politique de l’argent. C’est également lui qui fait agir le Président de la chaise vide. D’ailleurs, ce dernier ne l’a-t-il pas instruit de faire « Z » là où  » les hommes d’affaires… ne respectent pas les règles et… transfèrent de l’argent d’une manière illicite à l’étranger » ?

Sérieusement, si vraiment le régime veut se laver jusqu’aux os de la corruption, qu’est-ce qui empêche ses barrons de dissoudre toutes les institutions, de procéder à l’élection d’une Assemblée constituante, de créer un ministère régalien de lutte contre l’argent sale qui puisse travailler avec la Présidence, le ministère de la Justice, le ministère de l’Intérieur, le ministère de la Défense, le ministère des Finances et le ministère des Affaires étrangères, comme le suggère notre ami et militant impénitent des causes démocratiques, Essaid Aknine ?

C’est que le feuilleton de cet été vise à doter  immédiatement Zorro Tebboune et son gouvernement d’une légitimité artificielle à défaut d’avoir celle d’une représentativité politique émanant d’une majorité élue au sein d’un parlement légitime.

Pour susciter une adhésion sociale -la plus large possible!- à ce spectacle, ses organisateurs ne manquent pas de « tactiques coercitives de manipulation mentale ».

A ce jeu, comme d’hab, les titres psychologiques de « la presse de la crise » sont mis à contribution.

Pendant ce temps, « les incendies sécuritaires » mettent le thermomètre à rude épreuve dans plusieurs régions du pays, notamment en Kabylie, la misère que vivent les migrants subsahariens fait l’objet d’une surenchère clanique abjecte contrastant avec l’élan de solidarité qu’ils suscitent au sein d’une société pourtant durement éprouvée par les tristes réalités de sa condition historique.

La culture, quant à elle, fait face à l’interdit.

A Aokas, dans la Wilaya de Bejaïa, une conférence que devait animer Dr Ramdane Achab, écrivain, linguiste et éditeur, sur le thème de l’édition du livre amazigh a été brutalement empêchée par la police.

Organisée par le Café littéraire d’Aokas et l’association locale, Azday, cette conférence traitait pourtant de la culture Amazigh, c’est-à-dire, de la culture algérienne. Alors, pourquoi a-t-on donné ordre à la police de l’empêcher et de réprimer ses organisateurs ? Qui a intérêt à éloigner les algériennes et les algériens de tout ce qui pourrait les inciter à lancer le processus de construction d’une identité citoyenne transcendante ?

Que les choses soient claires :

Les diversions criminelles et les combats de coqs auxquels nous assistons ces jours-ci visent à nous éloigner de la problématique de fond que posent l’héritage de l’exercice du pouvoir et des circuits mafieux de la distribution, d’un côté, et, de l’autre côté, la condition historique dans laquelle se trouve la société actuellement. Une condition qui l’empêche de fournir au pays un model de production de sa propre histoire.

Le piège triangulaire sahélien…

L’Algérie est dans une situation d’impasse globale qui appelle une métamorphose démocratique sociale et politique. Sur le front d’une géopolitique de conflit aux visées néocolonialistes avérées, quand elle n’est pas réduite au silence d’un pays postcolonial livrant en pâture sa souveraineté pour assurer la continuité d’un système politique illégitime et suicidaire, elle se contente de postures frisant le ridicule.

Par exemple, elle n’a pas hésité à condamner « les graves violations et dépassements allant des tueries aux arrestations de fidèles palestiniens dans la mosquée d’Al Aqsa et ses alentours, commises par les forces d’occupation contre les Palestiniens qu’elles privent de la liberté de culte, sont des crimes terroristes ignobles que nous condamnons et rejetons avec la plus grande fermeté « , par le biais du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Abdelaziz Benali Cherif.

Mais, observer de telles postures n’empêche pas le régime militaro-mafieux d’acheter des « équipements et des armes anti-émeutes » auprès d’Israël pour réprimer les enfants du peuple, selon une information publiée le 17 juin 2013, par notre ami et confrère Djamaledine Benchenouf , sur le site DzActiviste.info, reprise d’un  » rapport du gouvernement britannique, rapporté par le journal israélien Hearetz ».

Evidemment, l’occupation israélienne de la Palestine est à condamner. Le droit du peuple palestinien à l’autodétermination est à défendre. L’israélisme sous toutes ses formes est à combattre.

Seulement, le véritable combat à mener est celui d’une construction humainement citoyenne de l’espace méditerranéen .
Le régime algérien s’inscrit-il dans cette perspective ? Evidemment que non !

Par ailleurs, qu’en est-il de la position de l’Algérie sur les propos tenus par le Président français Emmanuel Macron, à propos de l’Afrique, au sommet du G20 en Allemagne ? Le silence des tenants du régime et de leurs serviteurs politico-médiatiques n’est-il pas assourdissant sur ce sujet ?

Pourtant, Macron n’a pas hésité à user de propos aux accents néocolonialistes en affirmant que l’Afrique faisait face à « un défi civilisationnel ». Il est allé jusqu’à déclarer :  » Quand des pays ont encore sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien. »

Le 2 juillet à Bamako, lors d’un sommet « du G5 Sahel, nouvelle organisation réunissant le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad, le président Macron avait annoncé non seulement le soutien financier et logistique de la France à la future force conjointe du G5 Sahel, mais aussi l’avènement d’une Alliance pour le Sahel » souligne l’économiste Gilles Olakounlé Yabil, dans une contribution intitulée « Le spectre de la fragmentation de l’Afrique de l’Ouest et de la recolonisation du Sahel », parue dans Le Monde du 21 juillet 2017.

Fin connaisseur du dossier, ce dernier a rappelé que  » cette initiative a été lancée lors du conseil des ministres franco-allemand du 13 juillet, signalant un partenariat de plus en plus fort entre Paris et Berlin sur les questions africaines. »

« Immigration massive », « terrorisme islamiste » et « recolonisation du Sahel », voici donc le piège triangulaire définissant les priorités stratégiques assignées à l‘ »Alliance pour le Sahel ». Cette nouvelle donne reflète une situation historiquement problématique pour le Sahel :

« L’ampleur de la présence militaire et sécuritaire franco-européenne dans l’espace sahélien d’une part, la nouvelle Alliance pour le Sahel d’autre part, illustrent le désarroi profond dans lequel s’enfonce la vaste région ouest-africaine. La double dépendance du Sahel sur le plan de la sécurité et du financement du développement à l’égard de la France et de l’Europe reflète une tendance plus préoccupante : un affaiblissement sans précédent des organisations régionales africaines sur fond de crise profonde de leadership et de manque de vision politique au niveau des Etats de la région. » explique Gilles Olakounlé Yabi.

Et l’Algérie dans toute cette histoire ? A défaut d’avoir une vision géopolitique claire lui permettant d’avoir son mot à dire sur des questions aussi importantes, le régime algérien se contente de la tentative mesquine de projeter les peurs et les traumatismes de la société sur les migrants subsahariens, via la surenchère de caniveau à laquelle se sont adonnés le hadjeb du Président, Ahmed Ouyahia, et le fraîchement intronisé ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, avant que le Directeur général de la Sûreté nationale, Abdelghanbi Hamel, n’intervienne pour donner l’impression de calmer le jeu.

Sauf que, pour leur part, ceux qui donnent la mesure de la géopolitique, ceux qui font et défont les pays, ne jouent pas.

Tout est à refaire…

L’être algérien est à réinventer. Le processus de cette réinvention passe par une nouvelle construction de la légitimité. A l’échelle individuelle, il est question de la remettre au cœur d’une métamorphose de nos êtres sociaux et politiques. Sur le plan collectif, il s’agit de construire de nouvelles formes de légitimité de représentation dans tous les espaces de la vie publique. Ces espaces, à commencer par Tajmaât ( l’assemblée du village), il est important d’en faire ceux d’une citoyenneté redonnant au politique son rôle historique de refonder la nation algérienne.

A ce titre, pour reprendre la lecture faite par l’historien Mohammed Harbi lors du « débat de Naqd » organisé en février 2017 ( consulter l’article d’El Watan du 27 février 2017, intitulé « Le problème fondamental de l’Algérie, c’est de refonder la nation »)  » le problème fondamental de l’Algérie, c’est de refonder la nation. Parce que la question de la nation n’a pas été tranchée avant l’insurrection. Et le monopole a fait que pendant toute la guerre, il y avait un silence sur le contenu de cette nation. Mais ce problème va revenir très rapidement au lendemain de la guerre »

Il est également important de libérer l’histoire de l’impensé et de tous les non-dits, de lui rendre son récit, de guérir les mots de leurs maux, de faire battre en chacun d’eux le cœur du sens retrouvé, repensé et renouvelé, de donner au printemps des idées les couleurs d’un nouveau rêve algérien, de lui offrir un nouveau langage.

Comme le préconise Mohammed Harbi, « les Algériens ont à élaborer un langage commun, et pour l’élaboration de ce langage, il y a une importance décisive qui est celle de l’histoire. Alors l’histoire doit d’abord répondre à une refondation (…), elle doit également répondre à la question de l’ethnicité. La question de l’ethnicité ne se pose pas simplement en Kabylie, mais se pose aussi dans d’autres régions de l’Algérie ».

Ce travail de fond ne peut être mené sans redonner aux mémoires collectives leurs places dans tous les espaces de la diversité et de la pluralité culturelles, de libérer le religieux de toute instrumentalisation politicienne et le politique de l’espace militaire clos du régime algérien, de repenser les espaces historiques d’une Algérie indissociable de l’Afrique du Nord, du Sahel et de l’espace méditerranéen, de séculariser la vie publique pour qu’émerge une conscience humainement fraternelle et politiquement citoyenne.

Selon, M. Harbi «le premier des espaces historiques du politique a été l’espace religieux, et cet espace a été plus ou moins occulté pour une raison très simple : c’est qu’à travers la nature de l’encadrement algérien qui appartient si vous voulez à la formation plus ou moins occidentale, l’idéal républicain est au cœur de l’idée de construction de l’Etat. Et soudain on se retrouve, du fait des échecs économiques, des échecs sociaux, devant une réinscription dans l’espace politique, de l’imaginaire islamique. Et ça a été, à mon avis, la crise la plus grave dans l’histoire récente et elle est toujours en cours».

Le mythe de « l’Algérie révolutionnaire » a favorisé le primat de l’idéologie nationaliste sur toute lecture critique de l’histoire algérienne, à commencer par celle du mouvement national. C’est ce qui a permis la multiplication et l’élargissement des territoires de l’impensé de l’histoire, faisant le lit d’un discours idéologique nationaliste aliénant et de son concurrent, le discours fondamentaliste décliné sous plusieurs variantes : religieuse, « laïciste » et ethnique.

Une métamorphose démocratique sociale et politique de l’Algérie est nécessaire pour une refondation du système politique définie par une constitution émanant de l’élection d’une Assemblée Nationale Constituante.

Loin de toute adhésion fanatique à ce processus, il est important de rappeler que le présent et l’avenir de chaque pays ne peuvent être dissociés de son expérience historique.

En ce qui concerne l’Algérie, l’Assemblée constituante qui devait définir le système politique et offrir au pays un Etat représentatif de la légitimité populaire et garant de la souveraineté nationale à l’aube de l’indépendance n’a pu accomplir sa mission.

Cette faute historique, il nous appartient de la corriger…
Az.O.

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