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EXCLUSIF / Said BOUKHELIFA : « Existe–t-il une volonté politique pour relancer le tourisme ?»

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« La vie se compose de volontés qui ne se réalisent pas et de réalisations qui n’ont pas été voulues. » Goethe.

 

C’est une question de volonté politique réelle. Quand je dis réelle, il faudrait que les grands responsables qui travaillent au sein de l’Etat et du gouvernement soient tous convaincus. Du sommet de l’état à la base, nous devons tous déclarer ,à l’unisson, « yes we can,  yes we must  »
Il y a une dizaine de secteurs qui sont concernés, les Transports(quelle honte que ces stations routiéres de Constantine, Annaba, Sétif, Guelma ,Alger ,Oran ,Rouiba, et partout  dans les autres villes d’Algérie ou’ la vétusté se conjugue avec la saleté, notamment au niveau des sanitaires), l’Intérieur et les collectivités locales, la Culture, les travaux publics…etc. Les responsables des communes doivent être convaincus aussi de l’utilité du tourisme et de son impact sur les plans économique et social. C’est ce qu’on appelle l’inter-sectorialité et la transversalité. Il ne faudrait pas que cette volonté politique demeure textuelle, il faudrait qu’elle soit factuelle, c’est à- dire matérialisée dans les faits.

La volonté politique existe actuellement au niveau du schéma directeur de l’aménagement touristique (SDAT), élaboré en 2008, sous la direction éclairée du Ministre Cherif Rahmani. C’était le résultat de quatre assises régionales ou tous les concernés, hôteliers, voyagistes,les directions du tourisme de wilaya, les offices de tourisme, les universitaires ,les formateurs ,les investisseurs potentiels ont fait des propositions qui ont servi à l’élaboration d’une feuille de route pour le développement du tourisme. Les assisses nationales en février 2008, au palais des nations-Club des pins furent le couronnement .Cette volonté politique ne doit pas être embastillée et cloisonnée au sein du SDAT qui est une source d’inspiration, d’orientation, d’exploitation, riche et intarissable .Car il faut le souligner un éminent bureau national (le Cneru) et un autre de l’étranger contribuèrent à son élaboration. Auparavant, pendant 30 ans, on avait navigué à vue.  Il n’y avait pas de politiques touristiques bien pensées et bien structurées.

 

Aujourd’hui, le SDAT est pour nous une sorte de boussole très utile. On ne peut pas dire qu’il n’y a pas de politique touristique. Elle existe mais on ne la voit pas sur le terrain parce que beaucoup de hauts fonctionnaires ne sont pas convaincus. Et sans la conviction, adossée à des compétences avérées, on ne pourra pas concrétiser le SDAT, horizon- 2030. La destination Algérie comme toutes les destinations ailleurs, se construira ou se reconstruira, sur une durée minimum de 20 ans. Le temps de construire les hôtels qu’il faut, de former ou de recycler le personnel et de ré- inculquer une culture touristique qui s’est effilochée, étiolée. Avec le temps pour disparaitre. Le tourisme est une pyramide de détails, sans maillon faible ou chacun a un rôle à jouer. Combien de wilayas, de daïras ont-elles lu le SDAT et combien le maitrisent elles ? Quatre ou cinq, le reste est indifférent à ce précieux cadre de références.

Devant cette démobilisation locale récurrente, le ministère du tourisme risque de guerre lasse, déclamer, comme dans la tirade du CID de Pierre Corneille « Le combat cessa faute de combattants ! »Car cet état de fait perdure depuis des années et le temps passe, passe, passe, inexorablement. « Le temps cet irrécupérable ennemi », disait Axel Kahn.

Les ministres du tourisme ont fait beaucoup de visites sur le terrain durant les dix dernières années   , à travers plusieurs wilayas. Ils ont vu, écouté, beaucoup appris et orienté .Mais après les visites sur le terrain et d’inspection au niveau local, ou’ à chaque fois, une mobilisation générale est observée à l’arrivée de la délégation ministérielle .A son départ ,les lampions s’éteignent ,les flonflons de l’accordéon se taisent et après la mouche Tsétsé reprend ses droits de cité ,l’endormissement local s’installe de nouveau par manque de conviction et de compétences .

La politique touristique et les stratégies qui en découlent, sont pensées conçues, structurées et arrêtées par le ministère du tourisme mais c’est territorialement qu’elles doivent être prises en Charge par les collectivités locales, wilayas, daïras, communes Ce qui n’est pas le cas pour la majorité !

 

Devant la construction de nombreux nouveaux hôtels cette dernière décennie (10.000 lits), et d’ici 2020 ,75.000 lits, la destination accuse un déficit d’au moins trente instituts et centres de formation touristique et hôtelière. Même les cinq étoiles ne sont pas épargnées par le manque de personnel qualifié. Ce qui se répercute fatalement sur la qualité des prestations (les nouveaux cinq étoiles Marriot, Sheraton, etc).

 

Seul bémol, l’ouverture  en 2015,de l’école supérieure de la restauration et de l’hôtellerie(ESRHA) d’Ain-Bénian-Alger ,en partenariat effectif avec une école prestigieuse de Lausanne –Suisse ,de niveau mondial .Celle-ci relevant de la SIH ,société d’investissements hôtelier ,formera en priorité pour ses établissements les Sheraton (Club des pins-Oran-Annaba)et ses Marriot ( Tlemcen,Constantine et Sétif) .

Beaucoup de nouveaux hôtels de trois, quatre et cinq étoiles offre un grand confort mais fournissent des services en dessous des normes car n’ayant pas trouvé de personnel formé .Et cela, c’est du ressort de l’état, des pouvoirs publics, imprévoyants ou insouciants pour le volet formation hôtelière (L’école nationale supérieure du tourisme n’enseigne plus le management hôtelier, une ineptie majeure !).

 

Les assises nationales du tourisme organisées en février 2008 au palais des nations, Club des pins, étaient adossées au SDAT (schéma directeur d’aménagement touristique), horizon 2030.

Ce SDAT demeure non utilisé et non exploité par manque de conviction et de compétences .Ce qui explique le manque de visibilité et de lisibilité constaté par les observateurs  et experts en tourisme de l’étranger ,qui à l’unanimité déclarent que notre destination Algérie demeure fermée ! Certains, au niveau des décideurs pensent que le Tourisme existe chez

Nous, du fait de la construction de nouveaux hôtels et par l’ouverture de nouvelles agences de voyages. Ce sont des chimères car :

Sans volonté politique réelle,

Sans mise en tourisme effective et graduelle des territoires –régions de la destination,

Sans la mise à niveau des services (transports, bus, trains taxis, restaurants, fast-foods, télécommunications, paiements bancaires numérisés etc.) aux normes admises ailleurs,

Sans environnement culturel et social appropriés,

Sans culture touristique absente, même au niveau de hauts responsables de l’état,

C’est un leurre que de croire que le tourisme existe chez nous.

On ne veut pas développer le tourisme chez nous, et si on pense qu’on le développe, on le fait de telle sorte ou de telle manière qu’il ne se développe pas !

On se trompe lourdement par méconnaissance, incompétences (absence d’ingénierie touristique) et par manque de conviction.

« Le bateau sur lequel nous sommes embarqués ,est désormais à la dérive, sans cap ,sans destination, sans visibilité, sans boussole, sur une mer houleuse et qu’il faudrait un sursaut d’urgence pour éviter le naufrage .Il ne  nous suffira pas de poursuivre sur notre lancée ,vaille que vaille ,en naviguant à vue ,en contournant quelques obstacles et en laissant faire le temps .Le temps n’est pas notre allié, c’est notre juge et nous sommes déjà en sursis . »

Amine Malouf. (Le dérèglement du monde)

 

LES ZONES D’EXPENSIONS TOURISTIQUES (ZET) SONT-ELLES PROTEGEES AU NORD ?

 

« Le problème d’un suicide politique, c’est qu’on le regrette pendant le restant de ses jours », Winston Churchill

 

Ce sont des terrains situés en zones touristiques inventoriés et réservés strictement à des  investissements touristiques, puis protégés par des  textes de loi .La réalité est tout autre ,car plusieurs ZET ,ont étés accaparées par des particuliers,, certaines ZET ont été amputées, atrophiées en partie ,sous couvert d’utilité publique. .En 1976, au niveau de la wilaya de Jijel, on avait inventorié, 19 ZET, de nos jours il n’en reste que 10 .Un véritable massacre, la plus belle cote d’Algérie deviendrait indéniablement, à ce rythme prédateur, la dernière destination touristique, faute de capacités litières suffisantes !

En 2008, la directrice du tourisme de la wilaya de Tipasa, pendant une sortie sur le terrain du wali et des autorités locales, qui envisagea de faire imputer une ZET. Elle lui signala que ce sont des terrains réservés à l’investissement touristique .Il la rabrouée en lui balançant une avoinée devant tout le monde « Fermez-la, je le sais et c’est moi qui décide ! »Puis durant huit mois il l’a exclue des réunions hebdomadaires de l’exécutif .Dans les années 70, un programme ambitieux, études et plans arrêtés, de 50.000 lits était prévu, soit la capacité de Djerba, Sousse et Hammamet réunis, dans cette wilaya avec un petit aéroport .Des têtes pensantes à la vision étriquée, au comité central du FLN l’ont fait capoter.

Et aujourd’hui, on se demande pourquoi les Algériens partent ailleurs, Tipasa possède en 2014 moins de 4000 lits, quarante ans après et le dépeçage des ZET continue partout, à Boumerdes, Alger-est (Ain-taya-Surcouf ont très mal supportés l’arrivée de 5000 logements à la place d’investissements touristiques, d’autant plus que très peu de citoyens autochtones en ont bénéficiés. Cap-Matifou, s’est vue infligée une cité de 1500 logements à cent mètres du rivage, Alger-plage défigurée…, la corniche Oranaise, Mers-El-Kebir, Ain-turc, Bousfer, atrophiée, à l’image de la corniche Annabie, celle de Bougie, la corniche du Chenoua et la plage El Beldj, …ect.

Un massacre des ZET sur toute la côte de 1650km, par l’apparition de maisons de particuliers à l’architecture hideuse, d’immeubles sociaux horribles, à la place d’hôtels, de restaurants touristiques, de centres de vacances, de terrains de camping, des aires de loisirs …Notre population serait de plus de 50millions en 2030 et par corollaire la demande touristique nationale ira en augmentant !

La Tunisie, encore et toujours servira de destination de substitution, en attendant l’ouverture tôt                      ou tard des frontières avec le Maroc (et forcement ce serait le tourisme qui servirait de sésame-ouvre-toi). Là-bas, à Saidia, ville séparée par une rivière de la station balnéaire de Marsa-Benmhidi (Port-Say), le luxe, le calme, la volupté, règnent sur une capacité de 18000 lits construits en 2010 (soit 20 complexes touristiques similaires au centre de Tipasa), aux normes internationales. En face, par-delà la rivière qui les séparent, à Marsa-Benmhidi (Port Say), règnent le désordre, la précarité, la saleté, avec moins de mille lits ( cinq hôtels ) et tous rebutants pour les étrangers et les nationaux exigeants, non résignés !

En 2006, le directeur du tourisme de la wilaya d’Annaba dénonça à la presse le détournement de terrains appartenant à des ZET, puis lors d’une réunion des directeurs de l’exécutif, il demanda la parole au Wali qui lui répondit « vous ne parlerez pas, il n’ y a pas de tourisme en Algérie ! » ; alors que le ministre du tourisme de l’époque Noureddine  Moussa venait six mois auparavant  de soumettre au gouvernement un plan de développement  décennal  du secteur 2005-2015 ! En 2011, un autre ministre, Smain Mimoun, qui avait fait des sorties sur le terrain des 48 wilayas durant sa période (il se déplaçait surtout les week-ends), s’était rendu à Khenchela.

Après les visites, à table au milieu des autorités locales, le wali déclara en souriant au ministre « il nous faudra cent ans pour développer le tourisme et puis nous, on n’a pas besoin de Marrakech chez nous ou’ les employés baisent la main des touristes ! » Les élus locaux présidents APW, APC s’esclaffèrent de rire et à l’unisson déclarèrent « tu as raison Sid El Wali, nous, nous avons Hassi-Messaoud et notre pétrole, nous n’avons pas à faire des courbettes ! » (En 2014, « leur pétrole » connaissait une inquiétante spirale baissière et rira bien qui rira le dernier en 2017).Tant que cette mentalité imprégnée de l’inculture touristique prévaudra à un haut niveau, notre tourisme continuera, non pas de stagner mais de reculer .Nos deux voisins Marocains et Tunisiens ont pris le TGV du progrès touristique, notre pays a pris la patache (diligence du temps de Buffalo Bill, Sitting Bull et des films westerns de John Wayne et de Randolph Scott)

Issad Rebrab, pour des contraintes bureaucratiques et par la loi opaque sur le foncier, dissuasive, a renoncé en 2008 à deux mégaprojets hôteliers, l’un à Souk-El-Tenine (Bejaia), sur une superficie de 26ha, il avait reçu l’accord de principe, en 2007, pour la cession de l’assiette foncière devant permettre de construire un immense complexe touristique digne de ceux du Bassin Méditerranéen ,et un autre à Cherchell (W.Tipasa), au lieudit Rocher Blanc (Oued-El-Belaa), de la dimension, une fois et demie, le centre touristique de Tipasa-Village.

Les études avaient étés confiées au bureau Artec basé à Dubai. Ce grand Capitaine d’industrie allait nous apporter de la qualité et de la modernité hôtelière. Ces deux projets auraient été acceptés et achevés en Tunisie, au Maroc, en Turquie, en Egypte !

Et j’ai même entendu dire, à demi-mots, un haut fonctionnaire du ministère du tourisme, « avec tout ce qu’il possède ailleurs, pourquoi vienne-t-il au tourisme ? »

Ceci nous renvoie au développement pharaonique hôtelier projeté par Cherif Rahmani ministre de l’aménagement du territoire, de l’environnement et du tourisme, en 2008-2010 qui est repris dans le livre cinq du fameux SDAT.

Des décideurs  dans les arcanes du pouvoir aux âmes chagrines  à la   vision dotée de museliéres, firent capoter ce programme porté avec doigté par ce ministre,  qui aurait permis à l’Algérie de se doter, enfin ,d’infrastructures touristiques au diapason de ce qui a été fait en termes d’excellence, à Antalya, la nouvelle Riviera Turque,  à Hammamet-Yasmine(Tunisie) ,Charm-El-Cheikh et Hurghada(Egypte) ,Saidia(Maroc). Une vingtaine de complexes touristiques prévus à El-Kala, Chetaibi, Bejaia, Reghaia –Alger, Boudouaou-   El-Bahri- Boumerdes.   Madagh          1 et 2 (Ain Témouchent), Mostaganem, Moscarda 1 et 2 (Port-Say-Marset-Ben M’hidi). Mais chez nous la bêtise humaine prévaut toujours et tandis que la chienlit flirte avec le chiendent dans ce secteur touristique sous perfusion depuis trente ans et parce que « on jalouse ou on n’aime pas » l’homme, on pénalise la destination avec lui qui fut un authentique ministre d’état.

Les Emiratis et Séoudiens, sont partis investir ailleurs, ou’ ils ont été acceptés, bien entendu,en Tunisie, au Maroc,    en Egypte, en Turquie . La mise en tourisme de l’Algérie requiert ce type d’investissement qui nous passe sous le nez dégoulinant de fiérté morveuse. Ainsi ,se profile la mise en biére de ce tourisme aux immenses potentialités ,riches ,variées ,uniques, offrandes divines tant enviées par nos voisins méditerranéens qui nous classent parmi les vingt plus belles destinations au monde(nous n’ y avons aucun mérite),mais nous sommes classés parmi les vingt derniers en termes d’organisation et nous sommes derniers ex-aequo, avec le Liban, sur les 21pays méditerranéens. Pauvre tourisme Algérien, il n’a toujours pas atteint la finitude de son « voyage au bout de la nuit » pour paraphraser Louis Ferdinand Céline et son « chemin de croix » perdure toujours.  .

 

« On peut tout faire avec de la volonté, mais d’abord comment avoir de la volonté ? » Jules Renard

 

LE MINISTRE DU TOURISME AMAR GHOUL ÉTAIT-IL DÉCONNECTE DE LA RÉALITÉ DU TERRAIN ?

 

« Il y’a comme ça des annonces creuses, agréables à entendre, qui ne coûtent rien à celui qui les proclame, qui prolongent l’illusion de grandeur et qui vont rester lettre morte » Mohamed Benchicou

 

Ce ministre déclarait le 27 septembre 2015 lors de la journée mondiale du tourisme que l’Algérie construira et atteindra les capacités litières de 500.000 lits à moyen terme (2020)-, inclus les 96.000 lits existant en 2015. Il répétera   une seconde fois, le 14 novembre 2015 lors la rencontre nationale des agences de voyages à Sidi -Fredj, ce projet pharaonique (sans les pharaons), utopique avec beaucoup de vacuité dans le discours par des formules déconnectées de la réalité du terrain. En effet, jamais au grand jamais, ces chiffres galactiques puisés dans les lits d’oueds asséchés de prospective drastique ne seront réalisés, ni à moyen terme ,ni à long terme(2030) et ni au-delà de 2050 !Je m’explique ,notre pays a construit près de 11.000 lits  entre 2007 (86.000lits ) et  2015 (96.000 lits), c’était la période bénie des cieux qui arrosèrent notre  pays d’une embellie financière jamais vécue auparavant grâce à l’or noir et à son baril à plus de 115 DUS !

Ces 400.000 lits supplémentaires, projection stratosphérique, sur quelles ZET seront-elles construites ?

Avec quel financement ? Par ces temps Hugoliens de disette (par références aux « Misérables  » ) Surtout lorsqu’ on a appris en décembre 2015 par la presse quotidienne que les projets de cinq hôpitaux modernes et bien équipés aux normes internationales ,prévus à Annaba, Constantine ,Oran, Ouargla ,Alger, sont gelés faute d’oseille. Comment l’état osera-t-il faire construire (sur fonds publics et privé national ou étranger) 2000 hôtels à 200 lits ou 1000 hôtels à 400 lits ? Soit en moyenne un hôtel par jour qui sortirait de terre sur le moyen terme, même avec l’apport de la fourmilière chinoise on ne parviendra pas ! La Tunisie (72.000 lits en 1984)  et le Maroc (60.000 lits en 1984 ) ont mis  près de trente années pour achever en 2015 le premier,  la construction de 150.000 lits et le second 170.000 lits   , œuvres adossées à une volonté politique et à une culture touristique indéniables .En outre avec quel personnel qualifié, formé, ces 500.000 lits seront –ils gérés ? Quand on sait qu’il faudrait ce ratio admis d’un employé pour un à deux lits d’hôtel, donc il faudrait 160.000 nouveaux employés formés.

Comment et où ? Il faudrait ouvrir plus de 100 nouveaux instituts hôteliers et touristiques pour répondre aux besoins ! En 1985, l’Algérie possédait 40.000lits et en 2015, 95 .000 lits soit un apport de 55.000lits en 30 ans ! En outre, le ministère du tourisme avait projeté la construction en 1986, de 150.000 lits à l’horizon 2000, seulement 42.000 lits furent réalisés en 14 ans pour un total de 82.000 lits. Et en 2005 un plan de développement horizon 2015 (décennal), prévoyait 120.000 lits supplémentaires, 10.000 lits seulement (dix mille) furent réalisés ! Incorrigible ministère qui ne sait pas manipuler les bûchettes ou c’est un adepte de l’ivresse chiffrée !

Amar Ghoul qui ne boit pourtant pas les dépasse tous !  Seul un état d’ébriété profonde peut expliquer l’absurdité de ses propos !  Ce ministère doit sérieusement passer de l’ébriété touristique à la sobriété touristique.

 

« Si tu veux du succès, tu dois respecter une seule règle : ne ment jamais à toi même » Paolo Coelho.

 

Parmi ces 500.000lits, il avait évoqué à Timimoun fin janvier 2016, en posant la première pierre du projet du village touristique saharien de qualité de l’ONAT, qu’une centaine de ce type d’hébergement seront construits au Sud Algérien. Vision utopique qui ne se réalisera pas car seules des villes comme Taghit, Beni Abbes, Kerzaz, Adrar, El Menea, Ghardaia, Ouargla ,Touggourt, El Oued, Biskra, M’chounéche, Bou-Saada, Illizi, Djanet, Tamanrasset, Timimoun, Tinerkouk, Igli, In Amenas, In-Salah, soit une vingtaine au maximum qui peuvent générer une rentabilité avec une bonne gestion adossée à une bonne approche marketing car la saison Saharienne va du mois d’Octobre au mois de mai pour le moyen-Sud (Les Oasis) et au mois d’avril pour le grand Sud. Une saisonnalité pénalisante de quatre à cinq mois sans activités touristiques compte –tenu des fortes chaleurs. Par contre, il faudrait envisager et encourager la construction d’une centaine de relais et gîtes sahariens de 30 à 40 lits chacun, soit 15 chambres à 20 chambres, (petites capacités gérables) répartis, après une étude socio-économique, à travers des villes et villages sahariens attractifs, notamment dans l’extrême Sud.

Le projet invraisemblable du ministre du tourisme est une démarche qui s’apparente à un cautère sur une jambe en bois. En avril 2016, il annonce le chiffre galactique de 18 millions de touristes à atteindre et que l’Algérie traitera en 2020 (TV Ennahar). Il reviendra à la charge à Zeralda, début juin 2016, lors de la deuxième rencontre nationale du tourisme sous le thème « Feuille de route pour la relance du tourisme ».Il précisera que les 18 millions prévus se décomposeront ainsi ,10 millions de touristes nationaux, dans le cadre du tourisme domestique ,3 millions de nos émigrés et 5 millions de touristes étrangers (Comment ?avec quoi ?avec qui ?)Cela relève de la cosmogonie absconse .Ce n’est pas sérieux cette inflation incontrôlée des chiffres car notre pays ne pourra même pas atteindre les trois millions de visiteurs (entrées) et moins de 200.000 véritables touristes par an via les tour-operators, avant 2030. Quant à la fameuse feuille de route, aucun document ne fut remis aux participants pour s’y référer, le ministre fit un discours pompeux et triomphaliste. C’est d’une impudence allergène et d’une indigente pensée. L’instance faitière du tourisme   , en l’occurrence le ministère doit arrêter de nous bassiner les oreilles et trêves de balivernes   ! Ah, cette mal-pensance officielle de cette décennie passée, enlisée et prisonnière de ses certitudes imprégnées d’un conformisme   panégyrique et panurgique ! « Il est difficile d’attraper un chat noir dans une pièce sombre, surtout quand il n’y est pas ! »Proverbe Chinois.

Son successeur en juin 2016, Nouri  Abdelwahab déclara d’emblée, réaliste  et pragmatique « J’ai hérité d’un secteur catastrophique … nous avons des infrastructures hôtelières qui ne peuvent recevoir plus de 100.000 touristes ! » Fougueux, il déclarera quelques jours après , concernant le scandale décrié par la presse locale au sujet de l’octroi illégal à cinquante commerçants ou entrepreneurs ,des licences d’activité dans le site destiné aux tourisme et aux loisirs, le Parc Dounia situé à Dely-Ibrahim ,Alger« C’est un crime économique ! » .Trois jours après ,le premier ministre Sellal déclarait à la cantonade « Arrêtez d’évoquer cette affaire, c’est une erreur qu’on a réparé ! ».Rien que cela ! Quelle inaptocratie pour reprendre le concept que l’académicien, Jean D’Ormesson a mis en exergue. Quand la langue est une langue de bois, quand le mensonge devient loi, les catastrophes ne sont pas loin ! Un adage dit « Dans le monde d’aujourd’hui, quand l’argent parle, la vérité se tait ! »Les Grands Vents du Parc Dounia dégageaient une odeur de stupre ! Par contre, ce ministre Nouri avant de quitter le gouvernement  en mai 2017, trouva une inepte idée alimentée par un ou deux proches collaborateurs incompétents certainement,  celle d’introduire le criquet pèlerin  dans la profession d’agents de voyages qui connaîtra une prolifération acridienne de nouvelle agences de voyages dépourvues de formation comme cela était exigé depuis 1990. La réglementation pour obtenir un agrément exigeait le diplôme de l’école supérieure du tourisme de l’Aurassi (ENST) ou bien avoir exercer dans le secteur touristique en tant que cadre pendant dix ans. La trouvaille dévastatrice de Nouri et ses proches collaborateurs concernés, consistait à ouvrir une brèche béante à tous les universitaires diplômés, toutes branches confondues, qui possèdent une seule année d’expérience dans une agence de voyages, d’obtenir l’agrément et d’ouvrir leur propre Agence de tourisme ! En juin 2017 le nombre global des agences agrées est de plus de 2250, pour un secteur sous perfusion depuis 1981, et ce nombre excessif représente plus que le total du nombre d’agences agrées en Tunisie et au Maroc, les deux pays recevant chaque année, ensemble près de 12 millions de touristes.

Le nôtre reçoit bon an mal an moins de 3000 touristes /an via les tour-operators étrangers ! Cette décision ministérielle condamnée et rejetée par la profession permettra à l’Algérie d’ici 2018, d’atteindre le nombre d’agences que compte la France(5000), pays qui traite plus de 80 millions de visiteurs par an !

 

Said Boukhlifa 
* Expert en tourisme et haut cadre issu de l’École du tourisme d’El-Aurassi.
* Ancien haut fonctionnaire et cadre dirigeant du secteur du tourisme (1975-2014).

* Délégué de l’Association mondiale pour la formation hôtelière et touristique (Amforht) pour l’Algérie.

1 Commentaire

  1. Bravo Saïd pour un excellent article, très documenté et réaliste. et dont la lecture est agrémentée de citations choisies.
    Près de 40 d’expérience du développement touristique (ou par le tourisme) m’incitent cependant à privilégier un « développement inégal », non par goût de l’injustice mais parce que je pense que ce sont les responsables régionaux/locaux les plus motivés, surtout sur le moyen terme, qui sont le plus à même de parvenir à changer leur région ou ville en « destination touristique » et, ultérieurement, à stimuler des imitateurs.
    Avec tous mes voeux de réussite.

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