Jacques FOURNIER / Encore une fois l’Algérie.

dans Actualité/Contributions/Culture

C’est le pays de mon enfance et je suis toujours heureux de le retrouver pareil à lui-même en dépit du temps qui passe. Le bref déplacement que je viens d’y faire aura pour moi une nouvelle occasion de le constater.

Il reste largement francophone et fortement imprégné par la culture française : c’est une satisfaction pour le colonisateur impénitent que je suis sans doute toujours un peu. Nous n’en avons certes eu, avec mon fils Gilles qui m’accompagnait dans ce périple, qu’une vision partielle : la Kabylie puis Alger. Tout au long de notre parcours de Tizi Ouzou à Tachmalt, dans les hauteurs magnifiques de la petite Kabylie, les enseignes les plus fraîchement repeintes sont toujours en français. Alger est plus bigarrée. Mais partout où nous allons nous trouvons des interlocuteurs pratiquant notre langue.

La France est toujours présente dans les esprits, d’une manière qui m’a parue à certains égards surprenante. Elle est, pour la plupart de nos interlocuteurs, le Deus ex machina, la source de tout ce qui se passe, bien ou plus souvent mal, dans ce pays pourtant devenu indépendant depuis maintenant plus d’un demi-siècle. Les ratés de l’économie, la dictature larvée que dénoncent beaucoup d’algériens en dépit de la liberté de parole et d’écrit qui leur est laissée, le consternant 5ème mandat qui se profile à l’horizon 2019 : tout cela c’est « la faute à la France » qui continuerait à tirer toutes les ficelles. Ce réflexe, que je trouve pour ma part quelque peu excesssif, m’a paru plus fort que jamais.

J’ai retrouvé de vieux amis, pas tous malheureusement, car mon compagnon de longue date, Abderrhamane Djelfaoui, qui, l’année dernière encore, m’avait accompagné dans le Dahra, n’était pas présent à Alger lors de notre passage. J’ai rencontré Aissa Kadri et ses amis du CNAM en mission à dans la capitale, Idir et Malika Ahmed Zaid qui poursuivent leurs activités universitaires à Tizi-Ouzou, Idir Tazerout, notre arrière petit cousin, Abderrhamane  Krimat, poète et cinéaste.

J’ai aussi fait de nouvelles rencontres, en particulier celle de Amar Ingrachen qui, à la tête des éditions Franz Fanon, vient de publier en Algérie  « Mohand Tazerout, la vie et l’oeuvre d’un intellectuel algérien », ouvrage collectif paru en France en 2017, sous ma direction, aux éditions Riveneuve. Sa jeune maison d’édition a déjà pris une place importante dans la vie culturelle de l’Algérie.

La tournée de présentation du livre nous aura conduit d’abord sur le lieu de naissance de mon beau-père, au village des Aghribs , au nord de Tizi Ouzou, où nous avons fait salle comble, en présence de nombreux membres de sa famille. De là nous sommes allés à Tachmalt, puis à Alger, où j’ai été reçu à déjeuner par l’ambassadeur de France Xavier Driancourt avant de faire en fin d’après-midi une conférence à l’institut de France. Nous y avons été parfaitement accueillis par les services culturels de l’ambassade. Là aussi, l’assistance était nombreuse.

On trouvera sur ce blog, le texte de ma conféreence de présentation du livre. Les questions ont fusé. Elles reflétaient l’intérêt que suscite aujourd’hui le parcours insolite de cet homme qui, après avoir rompu en 1914 avec son pays d’origine, a eu en France une carrière d’enseignant, sociologue, historien, avant de revenir aux sources, en prenant activement parti pour l’indépendance de son pays et de terminer sa vie dans la solitude à Tanger.  Partout nous avons trouvé la même fierté mais aussi les mêmes interrogations sur l’identité de ce grand intellectuel que l’Algérie redécouvre aujourd’hui. Son oeuvre est immense et il y a encore de la marge avant qu’elle puisse être pleinement explorée en Algérie.

Je n’aurai pas eu beaucoup de temps, pendant ce court voyage, pour approfondir les constatations faites au cours de mes précédentes visites. Au-delà du plaisir de retrouver ce pays que j’aime, son animation, la gentillesse de ses habitants,  je n’ai pu que  constater à nouveau, d’une manière quelque peu superficielle, des phénomènes qui se situent à des niveaux d’observation très différents:   l’énormité des encombrements qui rendent toujours aléatoires, en dépit de la qualité des infrastructures,  les temps de déplacement;  l’efficacité d’un appareil de sécurité omniprésent et bien rodé, qui parait accepté par la population;  la volonté de tourner le dos aux « années noires », mais aussi la conjonction  que nous rencontrons, chez la plupart de  nos interlocuteurs, d’une critique souvent acérée et de l’acceptation résignée d’une situation dont ils ne voient pas l’issue.

La relation franco-algérienne aura connu bien des hauts et des bas. C’est pour moi une grande satisfaction que de constater que, au-delà des épreuves subies de part et d’autre, elle s’affirme toujours avec la même force. Puissent ceux qui gouvernent nos deux pays veiller à l’entretenir.

Jacques FOURNIER 

Laisser un commentaire

Votre adresse mail ne sera jamais publiée

*