Journal d’un suicidaire en sursis / Valorisation du dolorisme, expiation du sensualisme.

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À l’approche du mois de ramadan, tous les Algériens se pressent de consommer ce qu’il leur reste à vivre de joyeux. La nourriture, les gros mots, le porno, l’alcool, le cannabis ; tout cela, doit en effet prendre fin sous le coup de notre mois sacré aux lois restrictives. Pour les plus avertis, 40 jours séparent la dernière consommation d’alcool et de stupéfiant du premier jour du ramadan, pour les autres, la fête est permise; et je ne vous raconte pas les bouteilles de vin sifflées, et je ne vous raconte pas les derniers pétards fumés, et je ne vous raconte pas non plus les derniers ‘zina’ commis. L’Algérien est comme apeuré inconsciemment toute l’année à l’arrivée du ramadan qu’il lui faut vivre vite, aussi vite que les journées passent, aussi vite que le jour fatidique de l’abstinence se rapproche. Il savoure ses dernières mixtions ‘haram’ tel l’éphémère savourant ses quelques heures de vie. Cependant, et contrairement à son homologue l’Algérien qui croit en avoir une, l’éphémère semble plus conscient de la futilité de la sienne, et c’est bien pour cela qu’il s’y maintient que brièvement.
Ce qui reste non négligeable et à prendre au sérieux, c’est le nombre de morts sur les routes que provoque l’abstinence calorique, le nombre de sites pornos visités induit par amplification libidinale, ainsi que le nombre de malaises enregistrés –non provoqués par la masturbation compulsive bande d’abrutis, mais par déshydratation. Le nombre de bagarres entre somnolents et inconscients est aussi important que le reste, tant l’amnésie d’être musulman –et qui dit musulman dit « civilisé », qui dit civilisé dit « pacifique »- manifestée chez nos deux guerriers, y apparaît.
Cela n’est que la partie épidermique du phénomène.
Ce qui frappe le plus ce quotidien de la mortification des sens, c’est inéluctablement la baisse du régime au travail ainsi le manque d’attention envers son prochain alors que les préceptes du ramadan professent tout le contraire. Aussi, l’inversion du cycle naturel du sommeil ainsi que du régime alimentaire n’arrange en rien les choses en cela que déféquer devient une affaire d’État. Quand notre corps ne sait plus ni quand ni trop comment éliminer les excréments du goinfre que nous représentons durant ce mois fait pour les gloutons alors qu’en temps normal, comme vous le savez, on ne fait ça qu’un jour sur deux en ne dormant que deux jours sur un, tout devient dur, aussi dur qu’un étron noirci par l’irascible sentiment du jeûneur souffreteux.

Il n’est certainement pas indifférent de penser que l’Algérien ne soit pas dupe, qu’il sait que le ramadan arrive en plein mois de juin, mois autrefois sacralisé pour ses vertus estivales commençantes, maintenant vilipendé pour ses vertus sacrées ; mais cela, personne ne le dit à personne, tous se le disent à voix basse, à eux-mêmes.
J’ai laissé entendre plus haut que l’Algérien vivait apeuré inconsciemment toute l’année à l’approche du ramadan, mais il me semble qu’il l’est, plus précisément, parce qu’il a en réalité peur que l’État ne lui vole et ne lui proscrive le loisir qu’il réussit à se confectionner tout seul ; le jeune Algérien œuvre pour être heureux à chaque acte ‘haram’ commis, craignant que ça ne soit le dernier, escaladant le mur du scrupule, sautant par dessus la repentance pour atterrir à nouveau dans le péché.
L’État et la religion font en sorte que l’acte ‘haram’ paraisse comme seul loisir, donnant à penser aux jeunes que ‘loisir’ est indissociable de ‘haram’.

Nassim ACHOUR

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