Justice à double sens !

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Oh la belle affaire ! Le journaliste Idir Tazrout a été convoqué par le procureur de la République près le tribunal de Azazga pour répondre, dans son bureau le 5 février prochain, d’une plainte déposée contre lui par un groupuscule de militants islamistes qui lui reprochent d’avoir dénoncé sur sa page Facebook la construction d’une mosquée salafiste dans le village d’Aghribs, sur les hauteurs de Tizi Ouzou.Cette convocation fait suite à une audition menée par la gendarmerie de Freha qui avait longuement entendu, en novembre dernier, Idir Tazrout dans le cadre de cette plainte.

Laissons la justice faire son travail dans cette affaire. En Algérie, la justice est souveraine et indépendante. N’est-ce pas ?! Mais alors, pourquoi donc cette justice a-t-elle fait preuve d’autant de célérité à instruire une simple plainte contre un citoyen ; pourquoi donc la gendarmerie de Freha s’es-elle empressée d’ entendre Idir Tazerout, alors que cette même justice refuse de convoquer les gendarmes qui avaient réprimé et assassiné de jeunes manifestants durant les manifestations sanglantes qui ont fait plusieurs victimes dans cette ville d’Azazga au printemps 2001 ?

Souvenons-nous. Au printemps 2001, des gendarmes ont délibérément tiré et tué de jeunes manifestants dans les rues d’Azazga. Au terme de ces journées de furie, de colère et de sang, la brigade de gendarmerie de cette ville a été mise à sac, détruite et incendiée, en signe de protestation. Aujourd’hui encore, les rues de cette ville gardent les stigmates et les souvenirs de ces journées de révolte. Seize ans après ces tueries, en dépit de l’engagement de l’Etat algérien à traduire en justice les auteurs de ces assassinats, aucun responsable relevant de cette gendarmerie n’a été entendu par un juge. Aucun n’a été convoqué par un juge d’instruction pour l’entendre s’expliquer sur ces évènements. Bref, ceux qui ont réprimé dans le sang les manifestants à Azazga, et ailleurs d’ailleurs, n’ont pas été entendus. Ceux qui ont mis cette région de Kabylie à feu et à sang sont exempts de poursuites judiciaires.

Seize ans après, ils sont toujours à l’abri de la justice. Ils bénéficient d’une totale impunité. En revanche, le citoyen Idir Tazerout qui fait usage de son droit constitutionnel, celui-là même qui lui permet de dénoncer des salafistes qui menacent la quiétude des populations, est traîné devant la justice. Quelle est belle la justice sous nos cieux d’Algérie !

Rachid NIDENE

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