LA DÉCEPTION ARTIFICIELLE .

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Pour mériter l’estime publique, qui est comme le plus bel apanage du mérite et de la vertu, l’homme d’honneur fait profession d’être attaché inviolablement à son devoir, d’accomplir toute justice, d’avoir une conduite irréprochable à l’égard de tout le monde. Il a pour maxime de ne point manquer à sa parole, d’être fidèle au secret, de ne tromper personne, de ne jamais rien faire contre la droiture et la probité. »
Jean Baptiste Blanchard.

« Monsieur Propre » n’est pas que le personnage fictif de la compagnie Procter & Gamble, destiné à faire vendre des produits de nettoyage et d’entretien. C’est aussi l’image projetée du héros de la probité en ces temps de subordination du politique à la machine à sous.

« Moraliser la vie publique » revient, en effet, comme un leitmotiv dans le discours des acteurs politiques ces dernières années, notamment en France.

Seulement, à défaut de voir « Monsieur Propre » incarné par des hommes et des femmes politiques trop occupés à éloigner leur conduite d’élus de leurs engagements de candidats, il fallait trouver la parade, le produit politique d’un personnage de substitution qui puisse incarner « la morale publique » : le déontologue parlementaire !
Donner à la déontologie un visage humain, la fonction de l’arbitre de la vie publique, ce n’est pas une mince affaire ! Il fallait y penser…et le faire !

En France, en tout cas, la fonction de déontologue parlementaire a vu le jour en 2011 sous le gouvernement de…François Fillon ! Tiens, tiens…

Depuis, 2014, c’est à Ferdinand Mélin-Soucramanien, Professeur de droit constitutionnel à l’Université de Bordeaux, que revient la mission de maintenir l’épée de Damoclès de la morale suspendue sur la tête des parlementaires. Alors, gare aux conflits d’intérêt !

On ne badine pas avec la déontologie ! Enfin, c’est le message que cette fonction est censée délivrer. Quant à sa traduction réelle dans la vie publique, c’est une autre histoire…

Venu du grec « deon, -ontos » (ce qu’il faut faire) et « logie » (selon la définition fournie par Larousse), ce mot renvoie, en politique, à la morale de la vie publique. Il recouvre l’ensemble « des règles ou des devoirs régissant la conduite à tenir » pour les représentants politiques de la légitimité populaire.

En quelque sorte, le déontologue parlementaire est censé protéger la fleur de la morale dans le jardin de la vie publique.

Cette fleur n’est pas comme toutes les autres fleurs. Elle a la tige de la responsabilité politique, les pétales de la fraternité et le parfum humain du vivre-ensemble. Car, comme le dit Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry : « Si quelqu’un aime une fleur qui n’existe qu’à un exemplaire dans les millions et les millions d’étoiles, ça suffit pour qu’il soit heureux quand il les regarde. Il se dit : « Ma fleur est là quelque part… » Mais si le mouton mange la fleur, c’est pour lui comme si, brusquement, toutes les étoiles s’éteignaient ! Et ce n’est pas important ça ! »

Hélas ! Au rythme où vont les choses, Le Petit Prince n’est pas au bout de ses peines.

LA DÉCEPTION, UNE FORCE MOBILISATRICE !

« L’œil du 20h » du JT de F2 de ce mardi 14 mars a été particulièrement regardant du côté de la dernière cuvée du feuilleton des révélations faites par le Canard Enchaîné. Et pour cause ! « L’arroseur » du parlement a été, cette fois-ci, « arrosé » par le bipède.

En effet, l’hebdomadaire satirique a rapporté que depuis sa désignation comme déontologue du parlement, Le Pr Mélin-Soucramanien continuait de toucher « la totalité de son salaire d’universitaire », soit 70 000 euros brut annuels et 42 000 euros correspondant à sa « rémunération » annuelle par l’Assemblée parlementaire.

Le Problème, pour Le Canard Enchaîné, est que le Pr Mélin-Soucramanien, n’avait jamais demandé l’autorisation de cumuler deux activités et deux salaires. Cette demande, le Pr Mélin-Soucramanien ne l’aurait faite que récemment, selon l’information donnée par David Pujadas au 20h de F2.

Ce « tâtonnement » administratif sur « son cas personnel », le déontologue ne veut pas qu’il « abîme » la fonction qu’il occupe.
Une fonction d’arbitre parlementaire qu’il a fait valoir pour épingler François Fillon qui » aurait reçu pour plus de 13 000 euros de dons de vêtements de la part d’un donateur non identifié en février« . Or, comme l’a-t-il rappelé, les parlementaires sont tenus de déclarer « tout don ou avantage d’une valeur supérieure à 150 euros dont ils ont bénéficié », « en lien avec leur mandat ».

Les scandales successifs qui rythment la campagne présidentielle française renseigne sur la volonté du système ultralibéral globalisé de déshumaniser complètement l’organisation politique de la Cité, de faire des valeurs morales de la civilisation des produits de marketing destinés à subordonner l’exercice de la souveraineté par la raison aux caprices d’une « conscience affective » fortement altérée.

L’intemporel est ainsi dilué dans l’éphémère, l’être dans le paraître et le choix politique d’adhésion emporté par la déferlante d’une déception dévastatrice.

Employée comme une force mobilisatrice, la déception artificielle des masses prend à défaut «  le poids mort de l’histoire » qu’est l’indifférence telle que présentée par Antonio Gramsci. Elle le réanime, le nourrit de supercherie et de populisme sans modération, en fait un monstre passif incarné en des êtres « normaux« , lui jette dans la bouche le suffrage universel et en fait le molosse docile des maîtres de l’ultralibéralisme globalisé.

Devant une entreprise aussi destructrice, l’indifférence est l’anesthésie de la conscience humaine. Elle fait renoncer les êtres au courage au sens où l’entendait Jean Jaurès. C’est-à-dire, celui  » de chercher la vérité et de la dire, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

AUX APÔTRES DE L’INDIFFÉRENCE EN ALGÉRIE

« Djewwaâ kelb-ek itebbeâ-ek ! » (affame ton chien, il te suivra), cette insulte du Hadjeb du président de la chaise vide, Ahmed Ouyahia, aux algériens trouve sa traduction constitutionnelle dans la trouvaille formulée en « opposition parlementaire« .

Avec une formule aussi cynique, humiliante et aliénante, la clanocratie du crime et de l’argent sale entend soumettre toutes celles et tous ceux qui tiennent à leurs souverainetés respectives et aux espaces de son exercice à une schématisation réduite à des postures d' »opposants » à l’intérieur ou à l’extérieur d’un parlement fantoche.

Certains de ceux qui ont fini par abandonner « leur camp dans la société« , se font aujourd’hui les apôtres de la participation à des mascarades électorales « législatives » où les mirages des « brèches » voire des « espaces à occuper » font tourner bien des têtes.

D’autres qui font mine de tourner le dos à leur passé de sauveurs du régime militaro-DRS contre le peuple, se font les moines de l’opposition organique.

Dans ce jeu où la posture fait la part belle à l’imposture, seuls les citoyens sont oubliés !

Au lieu d’avoir le courage politique d’assumer une radicalité porteuse d’une insurrection des consciences contre le régime, les militants du premier collège partisan en Algérie se plaisent à incarner le défaitisme et la soumission au fait accompli.

Pitoyable, leur état ne diffère pas de celui de ceux qu’Antonio Gramsci décrivait avec la colère de l’intellectuel et du militant qu’il a toujours été :

« Certains pleurnichent pitoyablement, d’autres jurent avec obscénité, mais personne ou presque ne se demande : et si j’avais fait moi aussi mon devoir, si j’avais essayé de faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il arrivé ce qui est arrivé ? Mais personne ou presque ne se sent coupable de son indifférence, de son scepticisme, de ne pas avoir donné ses bras et son activité à ces groupes de citoyens qui, précisément pour éviter un tel mal, combattaient, et se proposaient de procurer un tel bien. La plupart d’entre eux, au contraire, devant les faits accomplis, préfèrent parler d’idéaux qui s’effondrent, de programmes qui s’écroulent définitivement et autres plaisanteries du même genre. Ils recommencent ainsi à s’absenter de toute responsabilité. »

Alors que le peuple algérien s’apprête à célébrer le 54ème anniversaire du cessez-le feu, prononcé le 19 mars 1962, consacrant le triomphe de sa révolution sur le colonialisme, il est important de rappeler aux pleurnicheurs politiques de tout bord une vérité constante au sein du peuple : aucun projet politique ne peut aboutir sans la mobilisation des richesses populaires !

Az.O.

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