LES FEUX DU « BAVARDAGE »

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Dans aucun des actes de la vie civile, politique ou sociale, la démocratie ne fait intervenir, légalement, la question religieuse. Elle respecte, elle assure l’entière et nécessaire liberté de toutes les consciences, de toutes les croyances, de tous les cultes, mais elle ne fait d’aucun dogme la règle et le fondement de la vie sociale. » Jean Jaurès, Discours de Castres, 30 juillet 1904

Le mensonge est le père des vices ! En politique, il aliène les mémoires, fausse les réalités, prostitue les rêves, vide la vie publique de sa substance humaine et lui enlève toute dimension citoyenne, assèche les consciences, met le feu à toute conception d’un « nous » historique indissociable du destin de « la terre-patrie »

Paris, la ville des Lumières, vit ces jours-ci au rythme des manifestations violentes qui se sont invitées dans un débat public fortement altéré par les scandales. Le surnom de « Monsieur Propre » ne va plus à Fillon la baudruche, le patriotisme perverti par le Front National ne cache plus la réalité des magouilles financières de la dynastie des Le Pen qu’aux idiots utiles de la Marine des eaux troubles.

Curieusement, Macron, le politicien de la finance, qui passe son temps à « clignoter à gauche et à droite », semble bénéficier d’une indulgence politico-médiatique qui ne dit pas son nom à ce sujet. Pourtant, dans leur enquête intitulée « L’enfer de Bercy », les journalistes Marion L’Hour et Frédéric Says le soupçonnent d’avoir « utilisé l’argent du ministère de l’Économie pour créer et structurer son mouvement, En Marche!, ».

Ce livre est presque passé inaperçu ! Alors, passons…

Quand le processus de décision politique est soumis à la loi du chiffre, quand la parole publique n’est plus que du bavardage sur « l’identité nationale »,  » la déchéance de nationalité « , « le halal » et « le burkini », c’est que la mémoire historique et la conscience politique d’une culture aussi savante que la culture française sont gravement malades ! Elles le sont au point où le débat, sensé prendre en charge les questions du destin commun d’envergure humaine dans un monde en proie à une globalisation inhumaine, est réduit à du vacarme politicien servant la radicalisation du nihilisme, « l’islamisation de la radicalité » et le radicalisme populiste.

L’agression policière dont a été victime Théo, un jeune de 22 ans, à Aulnay-sous-Bois, l’attitude révoltante de la police des polices dont l’enquête a fini par inventer le viol « accidentel », les mensonges répétés de la préfecture et des forces de l’ordre sur des épisodes des manifestations de solidarité provoquées par cette agression, l’attitude de certains responsables de « Les Républicains » et du Front National sont autant d’éléments, parmi tant d’autres, qui ramènent à l’impératif de repenser la laïcité, voire la démocratie dans sa version occidentale de réalisation.

Sur ce registre, le Front National est passé à l’offensive pour soumettre la prochaine présidentielle française au conditionnement populiste.

Sans surprise, ses responsables ont lancé une « pétition de soutien à la police » via le compte Twitter de Marine Le Pen. Cette dernière a poussé le cynisme jusqu’à stigmatiser une banlieue où régnerait un « sentiment d’impunité » !

Pour leur part, jouant la survie politique de leur candidate dont le risque de fracasser sa propre famille politique au premier tour de la présidentielle ne cesse de grandir, n’ont pas trouvé mieux que de reprendre le refrain accusant le gouvernement de laxisme.

C’est dire que, même quand la vie publique prend feu, l’opportunisme n’a pas de limite !

LA DÉRIVE IDÉOLOGIQUE DE LA LAÏCITÉ

Le débat sur « l’identité nationale », initié sous la présidence Nicolas Sarkozy et remis sur la table par son successeur, François Hollande, sous forme de « déchéance de nationalité (étendue) aux bi-nationaux » constitue une régression inquiétante de la vision politique française du cadre républicain du vivre ensemble. Un cadre sensé respecter la liberté de vivre sa différence et consacrer la représentation égalitaire et fraternelle de toutes les appartenances humaines.

A ce titre, la dérive idéologique de la laïcité a été signalée par le politologue et islamologue Olivier Roy, dans l’entretien, intitulé « La laïcité est devenue une idéologie », paru dans Le Monde des livres, le 13 mars 2015.

« La loi de 1905 ne légifère pas sur le religieux, mais sur le culte, c’est-à-dire sur la pratique. Or, aujourd’hui la laïcité devient l’expulsion de la religion de l’espace public vers l’espace privé. On note une évolution dérangeante : c’était un principe constitutionnel de la séparation de l’Église et de l’État, et un principe juridique de l’organisation de la pratique des cultes dans l’espace public. Maintenant on parle de « valeurs laïques », de « morale laïque », elle est devenue une idéologie. D’où le conflit avec le religieux. » a-t-il expliqué.

Pour sa part, le Pr Mohammed Arkoun, fondateur de l’islamologie appliquée et membre de la commission Stasi en 2003, a insisté dans sa conférence placée sous le thème de « La laïcité et le fait religieux » sur l’importance d’écrire l’histoire du « nous » méditerranéen, notamment depuis 1945, pour « donner à (la) laïcité cette fonction historique qui toucherait l’ensemble de la pensée et des formes de la pensée qui se sont développées dans l’espace méditerranéen.  »

Ce travail, le Pr Arkoun le préconisait pour  » nous sortir de ce débat qui nous angoisse,qui détermine des réactions passionnelles et que nous réduisons (c’est une véritable réduction) à la laïcité et au voile islamique. »

Depuis, les bavardages politiciens n’ont eu de cesse d’éloigner le débat public de ces questions indispensables à l’effort de renouvellement de l’être civilisationnel.

Az.O.

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