L’HOLOGRAMME PRÉSIDENT !

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“Ce qui a toujours fait de l’Etat un enfer sur la terre, c’est que l’homme a voulu en faire son ciel.”
Friedrich Hölderlin

Trêve de spéculation ! L’hologramme qui sert de président de la chaise vide à la clanocratie du crime et de l’argent sale est réapparu ! « Bronchite aiguë », « AVC », mort au second degré, respiration artificielle…tout ce « bavardage » a été évacué en 1’41 de prouesses prodigieuses des cameramans et des techniciens de la télévision algérienne.

Une quinzaine de coupures indiquant la multitude de plans pris pour le filmer, ont suffit pour ringardiser l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon.

En effet, celui du président de la chaise vide est en chair et en os ! Il crève l’écran autant que son visage livide crève les cœurs. Devant des paparazzis « de la maison » qui semblent s’amuser à jouer les croques-morts-vivants, il fait la marionnette aux fils rattachés aux mains des tenants des cercles informels de la décision politique et, surtout, de la distribution de la rente.

Pendant que la star Abdelaziz pose devant les caméras et les flashs des clients du journalisme clanique, Bouteflika est ailleurs !

Il est là où son dossier médical est tenu au secret des raisons sécuritaires d’Etat.

Que le souvenir du triomphe du peuple algérien de l’une des plus grandes puissances coloniale, officialisé le 19 mars 1962, soit entaché de cette mise en scène cannibalesque, là n’est pas le problème. Du moins, pas pour le ministre des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue des Etats arabes, Abdelakder Messahel.

Sans vergogne, ce dernier s’est glissé dans le costume du figurant jouant le rôle d’interlocuteur de Abdelkader El Mali !

A ce jeu , force est de reconnaître à Messahel des talents prodigieux de comédien tragi-comique.

Les algériens qui, n’ayant pas eu le réflexe de zapper sur d’autres chaînes de télé, ont eu à supporter le montage « présidentiel » d’une télévision algérienne officielle jusqu’au bout du l’irrationnel imposé par la clanocratie du crime et de l’argent sale.

Ils ont vu un Messahel qui, tout sourire, meublait le silence de Bouteflika en lui parlant et en parlant pour lui devant les caméras.

Le présentateur du petit écran officiel donnait l’impression, quant à lui, de lire à la lettre la dépêche de l’APS faite pour la circonstance.

A elle seule, cette séquence suffit pour montrer que l’imagination maléfique des « momicrates » ne recule devant aucun scrupule !

A mesure que « les demi-sots » et « les sots et demi »deviennent plus nombreux, leur souci de la forme s’amenuise !

Pour sortir la galerie de sa torpeur, ils peuvent laisser les amuseurs publiques assurer le spectacle : le premier des sinistres, Abdelmalek Sellal innove dans ses « sellalyat » et le hadjeb de l’hologramme « présidentiel », Ahmed Ouyahia, fait le fier comme le paon qui fait la roue quant il ne fait pas l’autruche.

D’ailleurs, il était tout content de partir jusqu’à l’extrême sud du pays (Illizi) pour claironner que si Bouteflika « était réellement dans un mauvais état, Abdelmalek Sellal ne serait pas parti au Niger, Gaïd Salah ne serai pas parti aux Emirats arabe unis et je ne serai pas non plus à Illizi ». Si c’est Ouyahia qui le dit…, il vaut mieux le laisser dire !

Ould Abbas, le médecin feleneux à la cravate rose quant à lui a tout l’aire d’être heureux de faire le coq mouillé qui n’a livré de combat que celui qu’il raconte. A plus forte raison que ces jours-ci, chez-lui, la ch’kara donne plus de blé « qu’un meilleur avril » !

LE SIGNAL OULD KADDOUR

Les scénaristes claniques peuvent bien se payer la tête d’ El hadj Raouraoua, désormais, retraité de la présidence de la FAF, mettre à sa place l’homme d’affaires et président du Paradou AC Kheirddine Zetchi , histoire d’ajouter quelques lignes footballistiques aux colonnes de l’amusement médiatique.

Il n’en demeure pas moins qu’en période de « bronchite », la clanocratie envoie des signaux qui ne trompent que ceux qui acceptent de jouer au poisson d’avril permanent.

Au sein du système, il n’y a aucune volonté de laisser le moindre espace à la parole libre, encore moins à une initiative de démocratisation effective du processus de décision politique.

Pire encore, les barons du régime entendent entretenir le paradis confisqué de la rente en maintenant l’enfer de la paupérisation programmée du peuple. Une paupérisation légalisée par l’actuelle loi de finances.

Érigée en instrument de mesure de la puissance dans les rapports claniques, l’impunité a fini par mettre la norme au service de l’ignominie. Elle a ridiculisé la justice au point d’en faire une arme à régler leurs comptes aux lampistes, un rempart contre toute tentative de situer les responsabilités dans tous les malheurs ayant frappé le pays.

Aujourd’hui, l’impunité tente d’imprimer jusqu’au plus profond de l’être algérien le blanchiment de la haute trahison pour le corrompre définitivement.

Sinon, comment expliquer la récente désignation d’un repris de justice, condamné pour « divulgation d’informations classées secret-défense » à la tête de la Sonatrach ?

Comment peut-on dissocier le nom de Abdelmoumen Ould Kaddour du scandale de la firme Brown and Root Condor (BRC) dont il était P-dg ?

Une telle désignation donne, pour le moins, le signal d’un rééquilibrage clanique en cours au sein de la clanocratie.

De ce rééquilibrage ne filtrent que des miettes d’informations distillées via des organes de presse agissant au cœur de la crise de l’illégitimité politique et pour participer à son maintien.

En tout cas, la prochaine mascarade des législatives semble servir aux décideurs autoproclamés à gagner du temps pour une entrée « officielle » dans « l’après- Bouteflika« ,décidée en conclave.

Donc, ceux qui voient dans cette mascarade une opportunité à saisir pour s’introduire dans « les brèches » du système où ceux qui agitent le boycott comme un carton rose bonbon, peuvent vite aller se rhabiller !

Car, la clanocratie étant le problème, la mobilisation des richesses populaires est la solution à ce problème.

Pour revenir à Ould Kaddour, Al Huffington Post Maghréb-Algérie rappelle que « ce polytechnicien diplômé du Massachusetts Institute of technologie (Etats-Unis)…a été condamné le 26 novembre 2007 à 30 mois de réclusion par le tribunal militaire de Blida pour divulgation d’informations classées secret défense. »

Le scandale BRC est une affaire de haute trahison à la nation. Le plus dramatique dans cette histoire, c’est que les auteurs de cette trahison coulent des jours de quiétude d’une retraite de façade aux plus hautes sphères des cercles informels du pouvoir.

Dans un article intitulé  » Al-Qaida au Maghreb et les attentats du 11 avril 2007 à Alger, luttes de clans sur fond de conflits géopolitiques «  publié sur Algeria-Watch le 21 avril 2007, l’éditeur français, François Gèze, et la journaliste algérienne, Salima Mellah, expliquaient que « depuis 2005, on a assisté à un spectaculaire resserrement des relations avec la Russie, redevenue sur le plan militaire, avec le dernier contrat d’achats d’armes d’un montant de 15 milliards de dollars, le premier partenaire stratégique de l’Algérie . Un scandale (non médiatisé celui-là) a par ailleurs contribué au resserrement des relations militaires avec la Russie, au détriment des États-Unis : au cours de l’été 2006, les services de renseignement militaire russes ont révélé aux chefs du DRS le trucage par les services américains des systèmes de communications sophistiqués achetés aux États-Unis par la firme Brown & Roots Condor pour le compte de l’état-major général. »

Société mixte de droit algérien, BRC avait un capital partagé entre Sonatrach (51%) et Kellogg Brown and Root, une filiale du groupe américain, Halliburton dont l’actionnaire principal n’est autre que l’ancien secrétaire à la Défense, le va-t-en guerre, Dick Cheney, sous la présidence de George Bush père, avant de devenir vice-président des Etats Unis sous celle de Georges W.Bush, le fils.

Étouffé grâce à sa condamnation en 2007, le scandale BRC semble avoir fini par servir d’ascenseur de promotion clanique à Ould Kaddour….jusqu’à nouvel ordre !

Pendant que des dizaines de détenus d’opinion, de militants politiques, de combattants pacifiques pour la promotion des droits de la personne humaine, des blogueurs, des journalistes , des chômeurs et même de simples citoyens innocents croupissent en prison, avec le risque d’y perdre la vie, pendant que les familles de disparus sont malmenées pour les faire renoncer à leur droit de faire toute la lumière sur le sort réservé à leurs enfants, « les intouchables » reprennent leurs repris de justice et les placent à des postes touchant à la souveraineté nationale !

C’est que cette souveraineté, ils s’en foutent pas mal !

Par contre, ils n’aiment pas « les porteurs de vérité »

« LES LOUPS NE SE MANGENT PAS ENTRE EUX »

L’omerta imposée les tenants et aboutissants des crimes contre l’humanité en Algérie et des affaires de haute trahison à la nation, comme le scandale BRC, est intimement liée à la nature informelle du système de l’exercice du pouvoir. Un système connecté à des réseaux mafieux de la finance mondialisée et aux relais invisibles d’une géopolitique de conflit qui conditionne son évolution jusqu’à le mettre à genoux devant les tenants néocolonialistes de l’échiquier ultralibéral globalisé.

L’ascension clanique dont Ould Kaddour est bénéficiaire n’est pas sans rappeler l’accueil réservé au plus américain des ministres qu’à connu l’Algérie, Chakib Khelil,, à son retour d’une escapade organisée au pays de l’Oncle Sam.

Feuilleton Sonatrach ou non, si Chakib a été reçu avec les honneurs. Il a eu droit à l’onction lors d’une tournée « zawwiyèsque » ayant -fort heureusement !- tourné court.

Ces derniers temps, il a poussé l’impudence jusqu’à donner des leçons sur « la voie » à suivre pour sortir l’économie nationale  » de la dépendance du pétrole » et la mettre au diapason de « la diversification de notre économie »

Rien que cela ! Ya bou gelb !!

Si Chakib semble avoir oublié une chose parmi toutes les affaires où lui, sa famille et leurs « amis » sont cités.

La loi 05-07 sur les hydrocarbures, livrant pétrole et terre de pétrole aux compagnies pétrolières étrangères -américaines de préférence !-, c’est lui !

Pour reprendre l’article de Hocine Malti, le consultant pétrolier qui a participé à la création de Sonatrach où il a occupé le poste le vice-président de 1972 à 1975, publié par Algeria-Watch le 16 juillet 2006 sous le titre « Exit la loi sur les hydrocarbures ? » dont la forme interrogative traduisait une inquiétude profonde :

« Il se dit, dans les milieux d’affaires, qu’à partir du moment où la loi 05-07 garantissait aux entreprises étrangères une participation minimum de 70% sur toute parcelle qu’elles convoiteraient, le rôle des parrains algériens, ceux qui depuis très longtemps déjà ont fait main basse sur le secteur pétrolier, ceux qui considèrent ce secteur comme leur propriété personnelle, ceux qui ne permettent la participation des sociétés lambda ou oméga que si elles viennent “ cracher à leur bassinet” , ces parrains ont vu leurs rôles s’amenuiser considérablement, voire disparaître totalement. Ils auraient alors, sous couvert de patriotisme économique, mené campagne pour un retour au système qui leur a permis d’introduire en Algérie telle ou telle compagnie pétrolière et accumuler ainsi des fortunes considérables. »

Le peu d’intérêt que portent les algériens au triste spectacle qui leur est offert est pour beaucoup d’entre eux un acte de résistance.

Il est des moments où le silence populaire est porteur de vérités tellement lourdes, tellement puissantes qu’aucun cri ne peut les traduire fidèlement.

Ce silence n’est pas de l’indifférence. Ce n’est pas un faux silence. Il a une présence tellement puissante qu’ à s’entêter à refuser de l’écouter, un jour, il finira par déborder les consciences. Ce jour-là, il suffira d’une goûte pour provoquer un tsunami populaire dévastateur.

Pour éviter un tel scénario, il est encore temps d’assécher les fleuves de sang qui coulent dans les mémoires et d’apprendre à écouter ce silence.

L’une des plus belles consciences algériennes de notre temps, Mohammed Dib écrivait dans « Le maître de chasse » :

« Nous avons conscience du silence. Nous ne l’avons pas entendu tout de suite, ne nous rendant compte d’abord que d’un faux silence, de quelque chose comme l’envers d’un grondement, mais déjà de si étranger à tout ce que nous connaissons, à tout ce que nous avons appris à écouter et à apprécier que nous restons longtemps, passons un moment avant d’y prêter attention. Puis il a dressé autour de nous sa présence péremptoire. »

Le silence d’un peuple, il faut apprendre à le respecter, à l’écouter. C’est ainsi que l’on apprend à se construire dans l’humilité, à se mettre au service de sa patrie et, à travers elle, au service de « la terre-patrie »
Az.O.

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