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Lorsque « le Syndicat national des journalistes » fait la politique de l’autruche.

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Un procès digne d’une affaire politique

Le jeudi 8 novembre devant le tribunal correctionnel d’Alger, s’ouvrait enfin le procès appelé désormais « L’affaire qui secouait Alger ».

Pointées du doigt pour la répression de la liberté de la presse, les autorités Algériennes remettent en liberté deux des Cinq journalistes : Abdou Semmar et Merouane Boudiab.

Une vague de mobilisation en soutien aux journalistes arrêtés, s’élargissait de jour en jour. Brandissant des pancartes affichant les portraits des journalistes susnommés et des slogans tel “Le journalisme n’est pas un crime”. Des représentants de la société civile, des journalistes et militants des droits de l’Homme, des ONG et représentants des partis d’opposition, avaient participé au rassemblement qui s’est tenu à l’entrée du tribunal lors de ce procès qui a duré plus de Six heures, et ou un collectif impressionnant d’avocats, parmi lesquels des ténors du barreau ont défendus les deux journalistes, tout en dénonçant «un dossier politique fabriqué de toutes pièces».

Interrogé par nos confrères de « Jeune Afrique », l’un des avocats souligne que « La garde-à-vue du journaliste A. Semmar s’est déroulée dans de bonnes conditions. Sauf qu’elle a commencé avant même que la plainte ne soit notifiée par écrit (…) Par ailleurs, le journaliste M. Boudiab n’est cité dans aucune des deux plaintes ».

En revanche « La plainte du Wali d’Alger a été déposée le lendemain du début de la garde à vue » confirme un autre avocat.

 

Le Syndicat national des journalistes « SNJ » aux abonnés absents.

Au moment où, une vingtaine de sites d’information Algériens dénoncent les attaques -sans précèdent- des autorités dans la jeune histoire de la presse en ligne. Et ou la presse internationale s’interroge plus que jamais sur l’avenir de la presse Algérienne, le syndicat national des journalistes (SNJ) se contentait d’un communiqué enfonçant ainsi nos trois journalistes : Abdou Semmar, Merouane Boudiab et Adlene Mellah.

Rendu public le 27 octobre 2018, le Syndicat national des journalistes (SNJ) déclare dans son communiqué :

« (…) Mis sous mandat de dépôt par le juge d’instruction, dans la nuit du jeudi 25 au vendredi 26 octobre 2018, les trois confrères sont, selon l’un de leurs avocats contactés par nos soins, poursuivis pour des chefs d’inculpation quasiment identiques et feraient l’objet de plusieurs plaintes déposées par diverses parties, mais en aucun cas pour délit de presse ».

Se contentant ainsi de la version de certains médias algériens évoquant d’autres chefs d’inculpations, notamment « chantage » et « extorsion de fonds », qui ne relèvent pas des délits de presse.

Toutefois, ce même syndicat reconnait que : « (…) La Constitution algérienne a consacré la liberté de la presse depuis 2016 avec la suppression, notamment, de la peine d’emprisonnement pour délit de presse ». Un délit de presse dépénalisé depuis 2012.

Contacté par nos soins,  Said Boudour,  journaliste et militant des droits de l’Homme, initiateur du rassemblement de soutien aux journalistes arrêtés, revient sur l’attitude « décevante » de ce syndicat censé défendre les droits des journalistes et non les condamnant, en se basant sur des faits non avérés.

Considérant l’affaire d’ordre public, le syndicat national des journalistes était aux abonnés absents lors du rassemblement de soutien tenu hier à l’entrée du tribunal.

«Le SNJ avait une occasion de se taire, mais au lieu de ça, il a préféré porter un jugement infondé à travers son communiqué de presse.  L’absence du secrétaire de ce syndicat lors du rassemblement, ne nous étonne guère. Pas moins que celle de certains journalistes préférant jouer le rôle du téléspectateur», ajoute notre interlocuteur.

La dernière fois que «le Syndicat national des journalistes (SNJ) » s’est indigné, remonte à l’année 2017, lors de l’arrestation du journaliste algérien Djamel Alilat au Maroc en pleine couverture médiatique des événements qui secouaient le Rif.

De son coté, et en guise de soutien, le syndicat algérien des éditeurs de la presse électronique (SAEPE) a organisé une conférence de presse mercredi dernier, soit la veille du procès tant attendu. Cette rencontre fut l’occasion d’exprimer le soutien de la presse électronique avec les confrères qui se trouvaient en prison, mais aussi, d’aborder le destin de cette presse électronique sujette à tous les dépassements.

Selon un rapport publié en 2016 par RSF : « L’influence grandissante des sites d’information en ligne, dont les contenus sont largement repris sur les réseaux sociaux, inquiète le pouvoir algérien qui les maintient dans «un brouillard juridique» (…) ».

 

Un traitement médiatique orienté 

Des informations erronées et souvent orientées ont circulé à propos de ces arrestations, suite à la campagne très agressive menée par le groupe Ennahar TV pour diaboliser les deux journalistes libérés, ainsi que ceux qui sont toujours en prison.

Apres avoir fabriqué de faux chefs d’inculpation, violé la présomption d’innocence des prévenus, porté atteinte à leur dignité et à leur image, condamné des prévenus avant même qu’ils soient mis en examen, faire pression sur les services de sécurité et les magistrats, des éléments de l’enquête préliminaire, censés rester confidentiels jusqu’à leur présentation au parquet, ont aussi été sciemment diffusés en boucle.

Le groupe a réclamé deux millions de dinars de réparation au préjudice présumé. La défense du wali d’Alger quant à elle, a réclamé 50 millions de dinars (cinq milliards de centimes), alors que le ministère public a réclamé une peine d’un an de prison ferme ou un complément d’enquête.

En attendant le procès des trois journalistes :Adlane Mellah, Lies Hadibi et Abdelkrim Zeghilache, certaines sources -dont la famille- annonce celui du journaliste-fixeur Said Chitour attendu ce dimanche 11 Novembre au tribunal de Dair El Beida.

Une information, que l’un de ses avocats M. Miloud Brahimi affirme ne pouvoir confirmer.

Lila MOKRI

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