LUMIÈRES HUMAINES

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Nous devons nous nourrir de faits d’histoire avant de spéculer philosophiquement sur le devenir des valeurs. »
Mohammed Arkoun

Le temps présent nord-africain et euro-méditerranéen est orphelin d’un récit historique à même de rendre aux peuples de ces espaces leurs mémoires communes. Pourtant, les porteurs de ces mémoires ne manquent pas.

Leurs vies sont des livres ouverts de ce que l’être humain a de meilleur. L’exemple de la Moudjahida Djamila Amrane-Minne, née Danièle Minne, en est l’un des plus emblématiques.

Fille de la Moudjahida Jacqueline Gueroudj (née Jacqueline Netter), cette femme d’honneur est partie rejoindre au firmament ses sœurs et ses frères du combat pour la libération de l’Algérie du joug colonial à l’âge de 77 ans. Elle reposera à Béjaïa, dans la chaleur affectueuse de la terre qu’elle a tant aimée. Universitaire, muse de combat et ciseleuse de rimes, Djamila -c’est son nom de guerre !- est née le 13 août 1939 à Neuilly-sur-Seine en Hauts-de-Seine.

Elle n’avait que 9 ans, quand ses parents, Pierre Minne, professeur de philosophie, et Jacqueline , se sont installés en Algérie en 1948. Sa mère se remariera en 1950 avec Abdelkader Gueroudj.

Cela dit, quels sont les éléments qui ont forgé la conscience combattante de Djamila en faveur de la cause du peuple algérien ? Qu’est-ce qui a fait que des enfants d’une société portée par la domination coloniale ont choisi le camp des dominés ? Pourquoi ont-ils résolu de se battre avec eux et pour eux ? Apprécions la réponse de Djamila :

« Comment j’ai fait mon chemin ? Je crois que c’était ma vie. J’habitais à la campagne dans un village près de Tlemcen. L’Algérie coloniale était un pays où il y avait des différences flagrantes. Énormes. Comme ma mère et son deuxième mari faisaient de la propagande dans les campagnes pour le PCA, je voyais les gens dans les villages. Je rentrais dans les maisons où ils habitaient. C’est cette différence entre Algériens misérables et Européens largement à leur aise qui m’a profondément choquée. Je ne comprenais pas comment ça pouvait être possible ».

C’est que chez ces lumières humaines, le sens de l’honneur, de la dignité et de la justice constitue le fondement d’une vie vouée au combat pour la construction humaine de la Cité méditerranéenne. Une cité où l’accès des peuples à la citoyenneté politique est garanti, loin de la fumisterie du « choc des civilisations », érigée en théorie des va-t-en guerre d’une géopolitique de conflit à visées néocolonialistes.

Être juste, c’est mettre son être à l’épreuve de l’histoire quand sa vérité est à l’opposé du délire d’une époque de folie meurtrière. Agir en être vrai, c’est se construire dans la douleur du dépassement de ses limites, de prise en charge de sa condition conflictuelle avec le coup d’accélérateur que « l’imprévu » sait donner aux événements historiques. Le faire dans l’humilité du respect, voire de la célébration, de l’humanité de l’Autre est une épopée à vivre.

Cet enseignement, est à retrouver, par exemple, dans cet hommage émouvant que le Pr Pièrre Chaulet a rendu à son épouse, le Pr Claudine Chaulet, lors d’une rencontre organisée, en l’honneur de « notre Claudine nationale » au Centre de recherche sur l´information scientifique et technique (Cerist) à Alger, le 19 mai 2011. «Je suis son étudiant depuis 56 ans. Claudine (Pr Chaulet) m´a appris la parité dans le ménage. Cette notion est essentielle dans la construction de la citoyenneté».

Ces deux esprits libres, algériens d’origine française, ont forgé leur algérianité dans le combat. Nombreux sont celles et ceux qui ont suivi l’exemple de cette construction qui rapproche les deux rives de la méditerranée, n’en déplaise à ceux qui, aujourd’hui, jouent à maintenir le primat des raisons sécuritaires d’Etat sur le droit des peuples de se réapproprier l’espace méditerranéen dans ses différentes dimensions historique, politique, économique et civilisationnelle.

Des porteurs de mémoires aux porteurs de la vérité, en passant par les porteurs de valises, le combat des éclaireurs et des forgerons de la conscience humainement citoyenne continue !

Az. O.

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