MANGEZ ET TAISEZ-VOUS !

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« Je préfère vivre la pauvreté dans la dignité que l’opulence dans la servitude »
Ali Mécili

Le procès ! Devant la 17ème chambre du tribunal de Paris, le maire de l’extrémisme primaire « osé » de Béziers qu’est devenu Robert Ménard, comparaissait mercredi dernier « pour provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence ».

Le cas de Robert Ménard n’est pas seulement celui d’un maire, apparenté Front National, au racisme affiché à Béziers et déguisé devant les juges. C’est aussi celui d’une intelligence passée des espaces sans frontières des combats menés « dans la défense des gens. Des plus petits et des plus faibles »-comme l’affirmait-il ce mercredi encore !- aux territoires étroits de la haine de l’Autre, portée et pratiquée par la version française de l’extrémisme nationaliste.

En ce sens, Robert le maire est la négation de Ménard, le journaliste, l’un des fondateurs de Reporters Sans Frontières !

Cela dit, comment peut-on être corrompu au point de laisser les flammes de « l’enfer c’est les autres » réduire en cendres le paradis humain en son être ?

Que l’on se rassure! Dans la modestie de cet espace, il n’est nullement question de donner aux mots la prétention de faire le procès de l’une des formules célèbres du philosophe existentialiste, Jean-Paul Sarte.

Car, rappelons-le, « l’enfer c’est les autres »est un extrait de la pièce Huis Clos, écrite en 1934-44 par celui dont le général De Gaule, en 1958, proclamait qu' »On n'(emprisonnait) pas Voltaire », pour son aversion au régime colonial et son engagement en faveur de l’indépendance de l’Algérie.

« « l’enfer c’est les autres » a été toujours mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’était toujours des rapports infernaux. Or, c’est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. « 

Pour ce qui est de Robert le maire, « l’enfer c’est les autres » est à prendre au degré d’une intelligence soumise à la version la plus laide du révisionnisme néocolonialiste de l’histoire.

Son exemple montre que, pour un pays comme la France, le chemin à faire pour se libérer de son passé abject d’ancienne puissance coloniale est encore long.

Qu’en est-il de l’Algérie, un pays anciennement colonisé, dont le marché des « consciences » asservies se tient à chaque rendez-vous « électoral « autour de la mangeoire ?

LES SIRÈNES DE LA MANGEOIRE

Quand l’intelligence patauge dans la servitude, elle devient un instrument de production de l’analphabétisme politique, voire de l’ignorance, au sein d’un pays, comme l’Algérie, libéré au prix de fleuves de sang et de larmes du joug colonial. Un pays qu’un système de bandits des chemins claniques de la criminalité empêche d’accéder à la citoyenneté politique.

Comme le disait en son temps le poète et dramaturge allemand, Bertolt Brecht, « Le pire des analphabètes, c’est l’analphabète politique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne participe pas aux événements politiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix de haricots et du poisson, le prix de la farine, le loyer, le prix des souliers et des médicaments dépendent des décisions politiques. L’analphabète politique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poitrine pour dire qu’il déteste la politique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son ignorance politique qui produit la prostituée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les bandits et surtout le politicien malhonnête, menteur et corrompu, qui lèche les pieds des entreprises nationales et multinationales. »

« Le pire des analphabètes » ! Dans le meilleur des cas, c’est ce que l’intelligence propose d’offrir à un système de pouvoir illégitime quand elle accepte de se soumettre à ses caprices.

Soumise à souhait, elle combat la conscience citoyenne, sert à généraliser l’aliénation des mémoires et à rendre attractive la danse du ventre politicienne.

Pauvre d’elle ! Cette intelligence fait pitié. Elle se fait voir dans la position la plus humiliante de servir le dernier venu des voyous d’un système clanocratique, mafieux et criminel.

Prétendre faire de la pédagogie politique tout en faisant de sa crédibilité une offrande à l’illégitimité du système et à ses sous-produits, c’est vraiment prendre les enfants du peuple pour des idiots utiles ou…inutiles, c’est selon le quota des privilèges obtenus en récompense !

En toute franchise, comment peut-on mettre en évidence la nécessité, pour un ancien pays colonisateur (la France) et un ancien pays colonisé (l’Algérie), de se libérer d’un passé lourd de 132 ans de colonisation pour briser l’étau des deux raisons d’Etat et aller vers une construction citoyenne bénéfique aux peuples des deux pays tout en acceptant de se laisser séduire par les sirènes de la mangeoire ?

A qui veut-on faire avaler cette couleuvre ?

Quel sens donner à une démarche politique quand elle est dépourvue de toute éthique ?

Par quel truchement secret et ironique de l’histoire, arrive-t-on à cautionner la dilapidation de tout ce qui représente l’histoire du combat pour les libertés démocratiques après avoir eu l’honneur de porter son label ?

Comment peut-on, en son âme et conscience, oser solliciter le mandat électif à un parlement fantoche auprès d’une société dont on raille la « dépolitisation » ?

Comment peut-on se tromper à ce point de terrain du combat pour la réhabilitation du politique en Algérie ?

Face à cette ignominie assumée et affichée, il est important de ramener le combat démocratique en Algérie à ses fondements.

A ce titre, Maître Ali Mécili, « le porte-parole de l’opposition algérienne » assassiné par la police politique de la clanocratie du crime et de l’argent sale le 7 avril 1987, avait le souci permanent d’apprendre à ses frères de combat à ne pas sacrifier leur liberté à la servitude.

Trente ans après sa disparition, son combat est plus que jamais d’actualité !

Lors de son discours prononcé devant les cadres du MDA, le 22 mars 1987, quelques jours seulement avant son assassinat, le fondateur du journal « Libre Algérie » préconisait la conjugaison des initiatives politiques pour que la place soit libérée à « la parole populaire » en ces termes :

« …nous disons qu’il n’y a pas d’autre alternative que l’alternative démocratique, que seule l’action conjuguée des mouvements politiques et des masses algériennes pourra pousser les pouvoirs en place soit à se transformer, et ce serait la meilleure des solutions bien que nous n’y croyions guère, soit à laisser la place finalement à la parole populaire, à la possibilité pour le peuple algérien d’élire librement ses représentants à une assemblée nationale constituante qui elle seule à le droit, qui elle seule pourra définir en toute liberté et dans le pluralisme politique retrouvé, les voies et moyens d’édifier dans notre pays une authentique démocratie décentralisatrice. »

La mascarade électorale des prochaines législatives ne trompe personne !

Alors, vous, les militants de la mangeoire, les laissés-pour-compte que vous méprisez, les militants sincères que vous marginalisez, les intellectuels intègres que vous combattez, les démocrates impénitents que vous dénigrez, les femmes et les hommes du peuple dont vous insultez l’intelligence ne peuvent que vous le lancer à la figure:

« Mangez et taisez-vous ! « 
Az.O.

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