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Saïd Chitour est « Enfin libre » : Un cauchemar qui prend fin

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Retour sur un dossier « vide »

Le procès tant attendu, du journaliste-FixeurSaïdChitour a été programmé aujourd’hui dimanche 11 novembre, au tribunal criminel de Dar El Baida, à Alger, après plus de 500 jours de détention sans procès.

Ce qui est reproché au journaliste “n’a rien à voir, du point de vue de la défense, avec le chef d’inculpation énorme qu’on lui a notifié et dont il doit répondre”, à savoir “avoir communiqué des informations susceptibles de toucher à la défense nationale et à la sécurité nationale» annoncent d’ores et déjà l’un des avocats.

En plus d’être diabétique et hypertendu, SaidChitoursouffre de problèmes au cerveau. « La dégradation de son état de santé nous fait craindre le pire » avait déclaré sa famille lors du rassemblement organisé par un collectif de journalistes, militants des droits de l’Homme et certaines ONG, à l’occasion de la journée nationale de la presse, le 22 Octobre dernier.

« Nos trois demandes de mise en liberté provisoire ont essuyé un refus alors que sa place n’est pas en prison » déclarait alors Me Miloud Brahimi, un des avocats du journaliste-fixeur.

Lors d’un entretien accordé à nos confrères d’El Watan, Me M. Brahimi, expliquaitque : « Contrairement à ce qui s’écrit, sa détention n’est pas illégale, mais abusive. Pas illégale, parce que les délais de l’instruction ont été respectés, abusive dans la mesure où il n’y a rien qui justifie cette détention. (…) La Cour suprême n’est pas tenue par un délai pour trancher un pourvoi en cassation. Donc, on ne peut lui reprocher d’avoir violé la loi».

L’article 65 du code pénal stipule : «Est puni de la réclusion perpétuelle quiconque qui, dans l’intention de les livrer à une puissance étrangère, rassemble des renseignements, objets, des documents ou procédés dont la réunion et l’exploitation sont de nature à nuire à la défense nationale ou à l’économie nationale», si l’on croit les chefs d’accusation dont fait l’objet Saïd Chitour, à savoir « Intelligence avec une puissance étrangère », ce dernier risque une peine perpétuelle.

Le procès tant attendu

Dès 9H30 ce matin, Me Mostefa Bouchachi, Me Khaled Bourayou et Me Miloud Brahimi ont assuré sa défense.

Très affaibli,considérablement amaigri, crâne rasé et plusieurs ganglions au niveau de la tête. Saïd Chitourest arrivé au tribunal criminel de Dar El Beida. Entouré de sa famille, présente sur place, et d’une dizaine de journalistes et militants de la société civile.

Lâchés par beaucoup de ses confrères, dès le début de son incarcération en juin 2017, certains ont préférés porter des jugements hâtifs avant même son procès.  Sa famille nous confiait qu’à chacune de leurs visites, Saïd Chitour demandait, si les journalistes se mobilisaient pour sa libération.

Rares sont celles et ceux qui ont défendu la cause de Saïd Chitour, que ce soit au niveau national ou international. Tout comme sa famille, certains journalistes et militants, ont même été victimes d’harcèlements et de diffamation suite à leur soutien.

Un appel urgent a même été adressé par des ONG établies en France. Notamment au « Rapporteur spécial sur la liberté d’expression et l’accès à l’information » ainsi qu’au « Rapporteur spécial sur les prisons, les conditions de détention et l’action policière en Afrique de la commission Africaine des droits de l’Homme et des peuples », ainsi qu’au « Groupe de travail sur les détentions arbitraires » et au « Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’expression et d’opinion auprès du conseil des droits de l’Homme des Nations Unies ».

Un verdict qui nous laisse sans voix

A 11H30, le journaliste-Fixeur franchi la salle. Quand, quelques minutes après, le juge appelle l’accusé et lui annonce « les chefs d’accusation » dont il fait l’objet. Les Quatre jurys tirés au sort par le tribunal sont appelés par le juge.

Moins d’une heure après le début du procès, le procureur de la république requiert Cinq ans de réclusion criminelle contre Saïd Chitour. Me Bourayou plaide pour tenter de démonter le dossier d’accusation. « Aucun élément dans le dossier ne prouve les accusations dont fait objet notre client. (…) Elles sont non-fondées » martèle ce dernier.

Lorsque c’était au tour du ténor du barreau d’Alger, Me Bouchachi de plaider en faveur de son client Said Chitour : « Ce qui se passe est regrettable (…) Ce sont des informations basiques qui ne touchent en aucun cas la sécurité du pays. Les actions de Sonatrach ont t-elles baissées en bourse depuis ? Ces informations ont t-elles empêchées nos services de sécurité de combattre le terrorisme ? », « La victime n’est pas Said Chitour mais la justice » fini par lâcher Me Bouchachi.

« Dans un pays de droit, la justice aurait appelé le ministre de la défense pour lui demander quelles auraient été les informations fourni par Said Chitour aux puissances étrangères, et qui auraient touché à la sécurité de notre pays » Ajoute Me Bouchachi.

Avant la levée de la séance à 13H35, le journaliste-Fixeur Said Chitour tente de se défendre : «(…) Je suis innocent. Fils de ce pays, de parents Algériens. J’ai milité pour ce pays, et j’ai voulu embellir l’image de notre Algérie ».

« Monsieur le president, vous ne pouvez pas appliquer l’article 65 du code pénal, car, aucune preuve n’est fournie dans ce dossier » Insiste Me Mostefa Bouchachi, qui exige l’acquittement de son client.

L’espoir est au rendez-vous

A 14H50, le verdict tombe : Saïd Chitour est condamné à Seize Mois de prison ferme et un an avec sursissur la base de l’article 67 du code pénal.

Apres 17 Mois de détention, le journaliste-Fixeur « Said Chitour est enfin libre » lit-on à travers les réseaux sociaux.

« La justice a triomphée » déclarent des membres de sa famille.

 

Lila MOKRI

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