SPÉCIAL RACONTE’ARTS/ Jérémie FAU se « Raconte’arts »

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Le festival « raconte’arts » qui se déroule pour cette édition dans le village de Ait ouabane,  bat son plein depuis plus de cinq jours, Jérémie FAU nous dévoile son expérience… Inattendue.

Il y a un peu plus d’un an, je rencontrais un petit groupe d’Algériens kabyles lors d’une soirée  Parisienne. Autour d’un verre, ils m’ont raconté leurs pays, leur histoire et j’y ai entendu un amour de la liberté, de la culture et d’un certain art de vivre qui m’a marqué.

L’un d’eux, m’a alors parlé d’un  festival qui se tient l’été, toujours dans un village différent et où toutes les cultures sont invitées à discuter dans un esprit participatif d’ouverture, de réflexion politique, d’échange et de fête. Ses termes, si élogieux m’ont vite convaincu de faire le voyage. Je les suspectais, tout de même, un peu exagérés tels ceux d’un marseillais.

Un an plus tard, mon amie Ager m’a invité à me faire découvrir l’Algérie.

J’ai pris l’avion, un bus et trois taxis, à travers des paysages à couper le souffle et lundi

24 juillet 2017 j’arrivais dans le village d’Ath Ouavane, au creux des montagnes qui semblaient m’enlacer pour mieux m’accueillir, pour la 14ème édition de Raconte’Arts.

En une heure j’avais compris que la réalité allait dépasser toutes mes espérances.

À Raconte’Arts, au pied de la mosquée qui sert aussi de rédaction au journal du festival, j’ai vu les kabyles et leur invités du monde entier mélangés en une foule bariolée pour chanter leur amour de la liberté, de la démocratie du vivre ensemble.

Dans les cafés on m’a raconté l’histoire de l’Algérie et de ses drames, que j’ai écouté  sans jamais me lasser… Tous les kabyles semblent historiens.

Dans la montagne, j’ai bu une eau de source si pure que son goût est toujours sur ma langue. J’ai contemplé les lumières merveilleuses qui ont tant inspiré Delacroix et consort…

À tous les coins de rue, j’ai bercé mes nuits au son des chansons Kabyles. Sur des accords de guitare ou de la mandole, les phrasés délicats de l’Amazigh m’ont empli le cœur d’une nostalgie joyeuse.

Un soir j’ai entendu un avocat faire des imitations hilarantes de tous les accents du monde arabe et un mécanicien jouer de la guitare comme un dieu…

Au bord de la fontaine, j’ai écouté un conteur et ses chutes aux sous entendu coquins faire rire mamies, enfants, artistes…

Aux pas des portes j’ai vu des chiens oisifs tels des chats…

Dans la cour de l’école, j’ai contemplé les robes, les bijoux, l’artisanat berbères aux milles motifs…

Au détour d’une rue, une femme, de vingt ans mon aînée, les bras ouvert pour m’étreindre avec comme seul mot « Mon fils »…

J’ai parlé de Nina Simone avec des rappeurs de Timimoune, de la Thaïlande avec un mec qu’on appelle Mexique, de liberté et d’amour avec tout le monde.

Face à un appareil, j’ai pris la pose armes à la main avec un homme du Sahara venu du sud lointain.

Partout, j’ai croisé quelqu’un que je connaissais depuis deux jours ou deux heures. Mes voisins m’ont apporté le petit déjeuner. Le soir, on a cuisiné pour moi, escalope, œufs, frites et fines herbes.

Personne ne m’a jamais laissé payer et quand j’ai osé manifester m’a gêne, on ne m’a pas compris, « C’est normal tu es un invité. »

Je suis tombé amoureux déjà cinq ou six fois, les kabyles ont une beauté montagnarde sans égale.

Pour tout dire, c’est derniers jours, j’ai vécu dans une simplicité et une honnêteté évidente des moments qui m’aideront un jour à dire comme Camus « j’ai senti que j’avais été heureux ».

À qui lira ces lignes je dirais : Venez, venez en Kabylie vous n’y serez jamais seul.

Aux raconte’aristes et à tous les Amazighs, j’aimerais dire Merci. Merci d’êtres des

Hommes libres depuis si longtemps et pour très longtemps encore.

 

JÉRÉMIE  FAU

* Assistant d’éducation, Institution JEANNE D’ARC (Paris)

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