Vivre la solitude !

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A Paris, les hommes ne meurent pas de faim mais de solitude », m’avait dit un ami. Si on compte le nombre de personnes qui se suicident dans les grandes villes, que ce soit à Paris ou à Tokyo, à Noël ou pendant les fêtes de fin d’année, on se rend compte que la solitude est l’ennemie de la modernité. Certes, le renforcement des lois sur l’individu au nom des Droits de l’Homme, a fait éclore de nouvelles formes de cohésion sociale, de conception de la famille et des règles de cohabitation intergénérationnelle. Désormais, toutes les lois sont centrées sur l’individu, renforçant la protection de la sphère privée et parfois au profit de la sphère publique. Si dans les pays occidentaux, on se plaint de trop d’individualisme au point que les voisins ne se connaissent guère, la famille est fragmentée et se réduit aux proches parents. Parfois même, ces liens de parenté sont brisés. Cependant, dans nos pays, la sphère privée est quasi inexistante : deux générations, si ce n’est trois, partagent le même domicile. Il est rare que les Algériens aient leur espace privé pour discuter et exercer leur liberté, etc. Ce fait est dû au manque de logement mais peut-être aussi pour raisons culturelles et traditionnelles. Peut-être ce mode de vie renforce-t-il les liens familiaux, mais il efface aussi la liberté individuelle car l’individu ne peut exister en dehors du groupe. Parfois, il est pesant de ne jamais pouvoir rester seul. Dans ce cas, la solitude devient un rêve, «J’aimerais bien vivre sur une île déserte (…) ».

 

La solitude peut être un état subi, douloureux ou, au contraire, un besoin. Elle a pour sœur l’angoisse et la culpabilité. Toutes les trois nous construisent ou nous détruisent selon les moments de notre histoire, selon nos prédispositions, selon nos schémas cognitifs, et notre capacité à traiter une information d’une façon plus constructive. Car, selon Epictète, « ce ne sont pas les événements qui perturbent l’homme mais sa façon de les interpréter ».

Il y a aussi la solitude de l’exilé dont les racines sont coupées. Il baigne dans une atmosphère langagière qu’il ne comprend guère. A la moindre rencontre, il est désemparé car il ne comprend ni les mots ni les gestes qui lui permettraient de se situer. Le plus insupportable est qu’il est séparé de ses proches. Presque tous ses liens sont déchirés. Ainsi, le migrant devient anxieux et se réfugie dans la solitude souvent forcée, en la substituant par la nostalgie et des paradis intérieurs peuplés par des « si… ».

C’est ainsi que la solitude potentialise l’énergie et permet de donner le meilleur de soi même. L’angoisse paralyse, inhibe nos capacités personnelles d’agir. Cependant, le sentiment de culpabilité, quand il engendre la honte et l’autopunition, est négatif. Quand le sentiment de culpabilité est la prise de conscience d’une erreur, il nourrit le sens des responsabilités, il fait grandir l’individu dans la relation à soi et à l’autre. En effet, il y a la bonne solitude, celle qui nous recentre sur nous-même, nous ressource, nous évite l’agitation persistante de la vie. Mais parfois ces moments de solitude deviennent lourds dès que le silence se tisse ou lorsque la lumière se tamise, les voilà qui ressortent, nous collent à la peau, nous suivant de pièce en pièce…la solitude est l’espace préféré de nos fantômes ! Peut-on alors apprivoiser ce sentiment de solitude ?

Vivre, c’est accepter que chacun ait des manques, qu’aucune situation ne soit parfaite et c’est accepter que nous soyons des êtres imparfaits.

Vivre la solitude !

Yazid HADDAR
Neuropsychologue clinicien et formateur

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